|
apotres, MORMONISME | TOUT SAVOIR
Après mort Apôtres - Période 12
6/6/2009
http://www.promesses.org/
Du concile de Trente à nos joursScott McCarty L’évolution du christianisme en OccidentEn 1564, le concile de Trente rejette la Réforme protestante. Les doctrines suivantes sont condamnées : la justification par la foi seule, le salut uniquement par la grâce, les Saintes Écritures comme seule source d’autorité en matière de doctrine et de pratique chrétienne. Pour Rome, les bonnes œuvres doivent accompagner la foi, elles sont donc méritoires : la grâce a besoin de la coopération humaine pour le salut. Seul le Pape et les évêques ont le droit d’interpréter la Bible. En 2005, Jean-Paul II a confirmé l’attachement de l’église romaine aux décisions de ce Concile. Ainsi, le catholicisme actuel maintient les sept sacrements, l’efficacité de la messe, le rôle des saints, la confession au prêtre, les indulgences, etc. Le 16ème siècleAu 16ème siècle, l’unité de la chrétienté occidentale est brisée. Chaque camp estime que sa conception spirituelle est la seule qui soit acceptable devant Dieu, et essaie de détruire l’autre par la force ! Finalement chacun doit se résoudre à accepter la réalité historique : la diversité religieuse s’installe au sein de chaque nation. Le 17ème siècleAu 17ème siècle, les souverains des deux camps entendent être les maîtres dans leurs domaines territoriaux et se servent de la religion à des fins politiques. Cela aboutit parfois à des situations paradoxales. Ainsi, la France catholique s’allie avec l’Allemagne protestante contre les Turcs mais aussi contre le très catholique empereur et roi d’Espagne ! En France, les protestants (huguenots) sont néanmoins de plus en plus malmenés. La guerre de Trente Ans (1618-1648) ravage toute l’Europe. Elle oppose l’Empereur aux princes protestants allemands qui s’allient avec les suédois (protestants) et les français (catholiques). Le traité de Westphalie y met fin : les protestants retrouvent la situation de 1618 et le calvinisme est reconnu dans l’Empire, même si le pape Innocent X proteste vigoureusement. La papauté est définitivement écartée, au moins ouvertement, des décisions politiques internationales. Entre 1620 et 1681, l’Angleterre est perturbée par les guerres entre catholiques et protestants : toutes les institutions de l’État s’en mêlent. C’est à cette époque que des puritains émigrent en Amérique pour fonder une société qui corresponde à leur idéal du royaume de Dieu (les « Pilgrim Fathers » ou Pères pèlerins). Les pays scandinaves sont, eux, solidement ancrés dans le luthéranisme. Catholiques et protestants cherchent par tous les moyens à gagner des adhérents. Rome résiste aux avancées scientifiques : aux 16ème et 17ème siècles, des érudits comme Copernic, Bruno et Galilée sont malmenés. Ce n’est qu’en 1989 que le pape Jean-Paul II réhabilitera définitivement la recherche scientifique et les condamnés de jadis ! A partir de 1640, le jansénisme – une sorte de catholicisme augustinien et calviniste – se développe en banlieue parisienne et bouleverse le catholicisme français jusqu’à son déclin un siècle plus tard. Aux 18ème et 19ème siècles, le catholicisme hollandais est perturbé et un schisme y persiste encore de nos jours. L’Édit de Nantes et la RévocationL’Édit de Nantes (1598-1685) – un accord mutuel de paix initié par le roi Henri IV (protestant devenu catholique pour pouvoir régner sur la France, 1594), déclaré perpétuel et irrévocable – devient la loi du royaume. En voici les principales dispositions : le catholicisme est la religion d’État et est rétabli partout ; les protestants bénéficient cependant de la liberté de conscience et ont accès à tout emploi et à toute dignité, ils jouissent de toutes les garanties judiciaires, la liberté de culte leur est accordée à certains endroits et sous certaines conditions (mais pas à Paris et dans certaines villes, ni dans les résidences royales) ; quatre universités sont autorisées dans le pays ; les huguenots peuvent conserver leurs lieux fortifiés et leurs garnisons huit ans ; ils doivent respecter les fêtes catholiques, payer la dîme à l’État qui s’engage à verser un subside annuel aux pasteurs (clause peu respectée !). Du vivant d’Henri IV, cet Édit est respecté. Mais l’assassinat du roi en 1610, puis la politique de Richelieu, et finalement celle de Louis XIV y mettent fin. En 1685, l’irrévocable est révoqué. Applaudie à l’époque, la Révocation sera unanimement blâmée par la postérité ! Avec la Révocation, les huguenots ne peuvent plus exercer de pouvoir politique, ni même se rassembler pour le culte. Les autorités catholiques envoient des missionnaires pour ramener les brebis égarées au sein de l’église romaine, et ceci par tous les moyens, même les plus vils et les plus odieux. Les conséquences sont horribles pour les huguenots : des centaines de milliers émigrent en Angleterre, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Amérique, en Prusse, en Afrique du Sud, en Irlande, en Suisse, etc. Ils font prospérer l’économie et la vie spirituelle de leur terre d’accueil. Ces émigrés dressent l’opinion publique contre l’intolérance de la France. Les huguenots restés en France se trouvent, quant à eux, privés de leurs pasteurs et leur vie devient presque intolérable : leurs enfants doivent être baptisés par des curés (rétrécissement du protestantisme). Malgré toutes ces injustices, le petit îlot de résistants se trouve fortifié spirituellement ! La France, elle, est appauvrie spirituellement à l’aube du siècle des « Lumières », siècle durant lequel les philosophes s’opposent au christianisme. La multiplication des dénominationsLe 16ème siècle est marqué par un retour à la Bible sous l’influence des Réformateurs. Toutefois, au 17ème siècle, une « orthodoxie » protestante se développe sans qu’elle s’accompagne toujours de la vie spirituelle apportée par la nouvelle naissance. Il en résulte une « scolastique » protestante où le travail intellectuel devient plus important que l’application des principes néo-testamentaires au quotidien (le 21ème siècle n’a rien apporté de nouveau de ce côté-là). La religion rationaliste produit un intellectualisme froid, des guerres de religion (1560-1648), l’émergence de la philosophie orgueilleuse et celle des sciences empiriques, tout en préparant le terrain pour les vrais réveils spirituels du 18ème siècle et des suivants, réveils qui s’opposent au rationalisme. Ce regain de ferveur religieuse débouche également sur le « dénominationalisme » et la tolérance pour des idées et des pratiques différentes entre les protestants eux-mêmes. Le foisonnement des dénominations d’origine protestante provient essentiellement du fait que désormais chacun, selon ses capacités et sa compréhension de la vérité biblique, peut se former sa propre opinion sur bien des questions délicates. Mais cette tendance au chacun pour soi reste généralement soumise à une forme de consensus. En effet, on admet généralement : - que les différences d’opinions ne doivent pas toucher aux vérités fondamentales de la foi ; - qu’aucune église ni association d’églises ne peut comprendre la totalité de la Révélation biblique, qu’aucune structure ne peut englober la totalité du corps de Christ ; - que l’unité spirituelle existe entre tous ceux qui sont nés de nouveau ; - que la tolérance, dans de sages limites, n’accepte pas de perversions doctrinales, même celles qui sont professées au nom du Christ.
Le dénominationalisme marque fortement l’histoire du protestantisme du 17ème au 21ème siècle. L’éparpillement des familles chrétiennes n’est sûrement pas idéal, mais il vaut mieux que l’autoritarisme de certains Réformateurs et de leurs successeurs directs. L’extension du christianisme dans le mondeDu 16ème au 18ème siècle, on assiste à la propagation du christianisme sur les cinq continents. Celle-ci est bien plus importante que celle des religions humaines en place depuis des siècles, qui essaient aujourd’hui encore de rattraper leur retard. Cette progression phénoménale est accompagnée de l’émigration des peuples et de l’expansion des cultures et du commerce européens. Les conquêtes sont souvent militaires. Malheureusement, l’avance du « christianisme » est trop souvent entravée par : - la piètre qualité de vie de ceux qui confessent le Christ, - l’exploitation cruelle et malhonnête, parfois même l’extermination des indigènes, - l’immoralité des conquérants, - l’établissement de traditions et de rites dépourvus de spiritualité biblique.
L’expansion géographique est dominée par l’Espagne en Amérique, aux Philippines et aux Caraïbes ; par le Portugal au Brésil, sur les côtes africaines, en Inde, en Malaisie et en Chine ; par la France en Amérique du Nord et en Chine. Cette expansion coïncide avec les grandes explorations et la colonisation par les grandes puissances européennes ; mais elle est aussi liée à la Contre-Réforme catholique. De nouveaux ordres apparaissent qui apportent d’importants moyens humains et financiers (jésuites, capucins, théatins, lazaristes) ; des « réveils » touchent également des ordres plus anciens comme les franciscains, les dominicains et les augustins. Aux 16ème et 17ème siècles, les protestants, eux, cherchent à consolider leurs gains en Europe et ne s’intéressent que trop peu à la mission à l’étranger. Heureusement, ce désintéressement initial cède la place à l’amour du Christ pour tous les nouveaux peuples découverts. Il faudrait des livres pour résumer le travail missionnaire sur tous les continents. L’éclatement du christianisme depuis le 16ème siècle rend impossible le traitement détaillé de cette histoire dans le cadre de cette série d’articles. C’est une histoire où se mêlent privations, victoires, décès de missionnaires et avances parfois fulgurantes. Certains « indigènes » font également des œuvres dynamiques dont les résultats sont à couper le souffle. Si des transformations de tous ordres s’opèrent, il y a bien sûr aussi des tragédies et des erreurs nombreuses. L’œuvre du Seigneur Jésus-Christ continue envers et contre tout. Il est toujours fidèle à son œuvre commencée il y a 2000 ans. Nous pouvons lui faire confiance, même si aujourd’hui, les persécutions contre les chrétiens ravagent de nombreux pays, même si les déviations doctrinales pullulent, et même si de vrais croyants s’assoupissent parfois, donnant l’impression que les paroles adressées à Laodicée s’appliquent à nous (Apoc 3.14-21). Le Seigneur aura pourtant le dernier mot de la victoire ! ConclusionTout au long de cette série d’articles sur l’histoire de l’Église, mon but a été de présenter la vérité historique, en ne cachant pas les erreurs de ceux qui sont considérés comme les plus grands chrétiens. La vérité ne doit pas avoir de préférence lorsqu’elle relate les faits. Mais aussi désagréable que soit l’examen des imperfections et des échecs de l’Église, on aurait grand tort de se détourner de son histoire : cela revient à contester les œuvres et le gouvernement souverain du Créateur. Même si nous ne comprenons pas toujours ce qu’il est en train de faire, faisons-lui confiance ! Et soyons reconnaissants de toutes les choses excellentes que nous devons à l’obéissance, aux sacrifices et à l’amour de la Vérité de ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la foi.
Tags : apotres
Catégorie : g06/De 1789 à l'an 1914
Après mort Apôtres - Période 10
6/6/2009
http://www.promesses.org/ Histoire de l'égliseJean Calvin : Le Reformateur (10)1509 - 1564IntroductionJean Cauvin (1509-1564), dit Calvin, devient réformateur à la suite de circonstances qu’il n’a pas choisies. Il poursuit l’œuvre de la première génération des réformateurs protestants : Zwingli, Luther, Bucer, et Farel. Son penchant pour le calme sera troublé par des circonstances et des luttes douloureuses qui feront ressortir des qualités insoupçonnées jusqu’alors : esprit de clarté d’expression et de détermination, de logique, d’organisation, d’influence, de systématisation d’idées. Cet homme cultivé, réticent, anxieux, est aussi implacable, têtu, colérique, sûr de sa mission, car convaincu de son appel à prêcher, à enseigner, à propager la gloire et la souveraineté de Dieu décrites dans la Bible, et dépouillées des conceptions erronées de Rome. Calvin est autant aimé ― voire adulé ― par ses amis en Christ que contesté par ses opposants. Il le rend bien à ses détracteurs et ce, sans aucun scrupule. C’est à se demander si, vivant aujourd’hui, il serait admiré comme un nouveau Paul (ce qu’il est pour certains à cause de son enseignement !), ou bien comme le pire des hypocrites à causes des meurtres qu’il a instigués à Genève au nom de Dieu !! Nous préférons retenir le meilleur chez nos héros, mais nous ne pouvons pas nier le mauvais. Calvin entretient l’ambiguïté, d’où notre regard contextuel et réaliste pour comprendre et pour jauger sa personne, sa vie, ses doctrines, ses actions et son héritage exceptionnel jusqu’à nos jours. Cet article se limite à une biographie sommaire, mais il nous évitera peut-être une vision tronquée de toute son œuvre et de tout son héritage. Sa vieElle se divise facilement en trois périodes, quoique inégales en contenu et en importance. A. Avant 1536Calvin est né à Noyon en Picardie (France), d’un notable au service de l’Église. A Paris, il acquiert une solide connaissance de l’Antiquité latine et de la patristique1 dont il se servira plus tard pour écrire et illustrer ses commentaires bibliques. De 1528 à 1531, il étudie le droit à Orléans et à Bourges, se formant à la logique et à la rigueur dans l’argumentation. C’est à Orléans qu’il croise, probablement grâce à son cousin P. Olivetan, les idées réformées de Luther, lesquelles travaillent son esprit. En 1531, de retour à Paris, il s’investit dans deux courants de pensée : l’humanisme, qu’il attaquera vigoureusement plus tard, et les idées évangéliques de Luther. Il se convertit « soudainement » en 1533, puis s’engage dans la bataille pour le pur Évangile contre les catholiques. Cet effort, qui perturbe le monde religio-intellectuel, l’oblige à quitter Paris en 1534 pour Angoulême où, dans l’environnement studieux des livres et avec sa Bible, il écrit les six premiers chapitres d’un livre bouleversant, L’Institution chrétienne, publié en latin à Bâle en 1536 — trois ans seulement après sa conversion ! Calvin s’inspire du Catéchisme de Luther pour le contenu, mais sa présentation est à la fois plus logique et plus irénique. Il dédie à François 1erde France cette œuvre qui transformera spirituellement et intellectuellement l’Europe ; les protestants y découvrent « un monument » clair, précis, simple, et humainement logique. La dernière édition augmentée de 1559 contient 80 chap., divisés en quatre livres. La première traduction française date de 1539. Elle est la base de la pensée réformée et a influencé tout le protestantisme, plus encore que les grandes œuvres doctrinales de Luther. B. Après 1536La Réforme zwinglienne se poursuit en Suisse depuis 1523. Calvin pense à préserver sa vie en rejoignant Strasbourg, qui appartenait alors à l’Empire germanique et avait été gagné à la Réforme depuis 1523. Il pense y étudier paisiblement sous la protection du guide spirituel Martin Bucer. Mais les guerres de Champagne le forcent à passer par Genève. Depuis 1535, cette ville connaît la Réforme grâce à Guillaume Farel (1489-1565) — surnommé le « fléau des prêtres », « l’Élie de la Réformation française » — qui avait déjà introduit des idées réformatrices à Neuchâtel en 1529. Averti de son passage pour la nuit à Genève, Farel va le voir pour lui demander de diriger la Réforme de cette ville païenne de 10 000 habitants. Calvin ne cherche qu’à poursuivre son voyage à Strasbourg pour étudier et écrire en toute tranquillité. Farel le menace avec la foudre de Dieu s’il n’y reste pas ! Effrayé, Calvin considère cette menace comme un appel de Dieu pour y demeurer (1536). Farel lui confie les rênes de la Réforme et le seconde puissamment par sa prédication - d’où son surnom « Élie » - jusqu’en 1538 où tous deux sont « remerciés » sans ménagement. Leur système, destiné à transformer Genève en une ville-Église ou Église-État, est jugé trop rigide et harassant par la majorité des habitants : contrôler toute la vie morale et sociale des païens et des convertis. Calvin et Farel voulaient tout simplement instaurer par la force le royaume de Dieu pour sa plus grande gloire à Genève ! Glorifier Dieu par tous les moyens sans en négliger aucun ! Rappelons-nous bien que cette façon de faire hérite d’une longue histoire médiévale : tout peut être imposé par la force et cela pour la gloire de Dieu ! Enfants du xvie s., ils ignorent nos concepts modernes de tolérance, de liberté de conscience et d’expression. (Fait étrange : ces concepts modernes trouvent leur fondement dans la théologie de Calvin !) Or, les magistrats, les grandes familles et le peuple ne se sont pas libérés de la tyrannie papale ni de celle du Duc de Savoie (1526) pour tomber sous celle, réformée, du type calvino-farélien ! En fait, leur système et son application par les autorités civiles n’étaient pas bien « rodés », comme ils le seront lors du retour de Calvin en 1541. Farel rejoint Neuchâtel (il y mourra en 1565), et Calvin rejoint enfin Strasbourg ! De 1538 à 1541, mûrissant sa pensée dans un lieu calme, il profite de la sagesse théologique de Luther via Bucer, et de la structure de l’église locale mise en place par ce dernier. Les idées bucériennes influencent les écrits de Calvin, au point d’en devenir la pierre d’angle. La logique de Calvin éclaire les idées de la Bible très simplement… ce qui ne place cependant pas L’Institution chrétienne dans le Canon du N.T. ; il n’invente pas les idées bibliques, mais les systématise2. Il passe trois années heureuses à Strasbourg : 1. Comme pasteur de l’église des réfugiés français, il peut imposer ses conceptions disciplinaires dans l’église. 2. C’est un docteur en théologie très apprécié. 3. Il est honoré par la ville et la représente aux conférences religieuses importantes en Allemagne. 4. Il se marie à une veuve qui a deux enfants d’un pasteur anabaptiste. En 1540, le parti évangélique reprend le pouvoir à Genève et rappelle Calvin, qui refuse pendant un an. En 1541, il cède, considérant que Dieu l’appelle pour instaurer le royaume de Dieu (il aimait beaucoup le livre du Deutéronome) : « tout pour la gloire de Dieu ». C. Après 1541Avec le retour en puissance de Calvin, Genève devient le creuset d’un type d’homme et d’une civilisation qu’il pense être dignes du christianisme. Tel est le Royaume de Dieu strictement établi, ordonné, total et définitif, dont le moralisme dans un climat d’inquisition frôle l’hypocrisie, surtout parmi les non-convertis. Personne ne sera toléré qui s’oppose à la volonté de Dieu ! Dans lesOrdonnances, appuyées par son nouveau Catéchisme, les lignes directrices de son système théocratique sont élaborées. L’Eglise liée au pouvoir civil — lui-même dominé par Calvin et ses amis — doit contrôler tous les aspects de la vie d’un individu, chrétien ou non ! C’est l’Eglise d’Etat : les autorités civiles, un Consistoire de 12 pasteurs et anciens formant une sorte de tribunal d’inquisition, doivent appliquer les règles et les décisions ecclésiastiques. Calvin croit sincèrement que le Royaume peut être imposé par la force, car le Dieu Créateur est le Maître du monde. Cette souveraineté doit s’appliquer à tous les Genevois. Tous les moyens sont employés pour atteindre ce but. Entre 1541 et 1546, 58 personnes sont condamnées à mort et exécutées, 78 sont bannies ! Calvin dit n’avoir aucun regret, car l’honneur du Dieu souverain (mot-clé chez lui) est en jeu ! Le cas odieux de Michel Servet, hérétique, brûlé au poteau en 1553, deviendra le plus célèbre. La vie de Calvin est traversée par des périodes d’accalmies, malgré 17 controverses majeures qui lui prennent beaucoup de temps. Il produit un travail prodigieux : par ses commentaires écrits de la Bible, par ses fréquentes prédications chaque semaine, par l’enseignement et par une correspondance volumineuse avec toute l’Europe (rois, pasteurs, théologiens, etc.). Il doit lutter âprement jusqu’en 1555 contre tous ses adversaires pour finaliser l’implantation du « règne théocratique » à Genève. A partir de cette date et jusqu’à sa mort en mai 1564, on peut dire que la paix règne dans les cœurs de Calvin et des Genevois. Quoique de santé fragile, souvent douloureusement malade, il n’épargne jamais ses efforts pour conserver les acquis. Il a l’idée géniale de fonder « l’Académie », l’actuelle Université de Genève, où des centaines d’étudiants de tous horizons sont enseignés : théologie, exposé biblique, grec et hébreu, philosophie, physique, mathématiques. Aux plus de 2150 églises réformées de France, il écrit : « Envoyez-nous du bois et nous vous renverrons des flèches » ! Ces flèches françaises formées à Genève sont devenues l’armée de Dieu portant l’Evangile partout en Europe en vue de fonder des églises réformées ancrées dans la doctrine élaborée par Calvin. Une réussite fulgurante. Où sont ces « flèches » dont la France et l’Afrique du XXIe siècle ont tant besoin ? ConclusionCe colosse, dont le cœur fut une matière précieuse pour l’Évangile de la grâce de Dieu en Jésus-Christ par l’Esprit Saint, possédait cependant des pieds de fer et d’argile. Aucun grand réformateur n’était un « saint » selon nos standards, mais tous étaient des géants dans leur époque, pétris par la Parole de Dieu et marqués par l’époque médiévale dont ils sortaient, pour la grande tâche que Dieu leur avait confiée. Chacun savait qu’il ne répondait qu’à Dieu, et que personne avant eux n’avait eu à accomplir une telle fonction. Pour Dieu et pour sa gloire, ils n’avaient pas peur de qui que ce fut, et aucun d’eux ne recherchait sa propre gloire. Tous travaillaient de manière totalement désintéressée. Ce type de conducteur spirituel nous manque aujourd’hui. Calvin est mort plutôt pauvre alors que cet homme exceptionnel aurait pu s’enrichir. Tous sortaient de « l’âge des ténèbres » qui les accaparait spirituellement et intellectuellement. Calvin, en rencontrant le Jésus biblique et le salut par la grâce et par la foi, s’est retrouvé pionnier malgré lui dans un environnement ignorant la pure vérité, totalement hostile et tyrannique. Il a fait ce qu’il a pu comprendre de la volonté de Dieu. Luther et Zwingli ont ouvert la route, mais Calvin a puisé dans leurs indications doctrinales un carnet de bord que tous les protestants évangéliques utilisent d’une façon ou d’une autre depuis, sans probablement le savoir, et ce, quelle que soit leur étiquette confessionnelle. Calvin était un enfant de son époque. Malgré ses erreurs inexcusables, voire abominables, des érudits catholiques romains (voire certains Jésuites!), des sceptiques, des protestants de tout bord, des littéraires allemands, français, anglais, hollandais, écossais, américains, reconnaissent en Calvin le plus grand exégète et théologien de la Réforme. Et ce, malgré cette impression d’une spiritualité calviniste austère et peu affective, plus soucieuse de l’honneur de Dieu que de la manifestation de son amour pour les convertis et les perdus. L’un exclut-il l’autre ? Nous avons besoin des deux en même temps, car nous honorons Dieu en aimant les autres membres du corps de Christ, et en aimant aussi les perdus. Attention : en lisant Calvin le principe d’Actes 17.11 s’applique dans toute sa rigueur, car ses écrits n’appartiennent pas au canon scripturaire. Certains calvinistes laissent parfois l’impression de penser que les écrits de Calvin descendent directement du Trône ! Il lui est arrivé de se contredire (voir le prochain article de cette série) ! Cela n’enlève rien au fait que la lecture de Calvin est des plus profitables. Le sceptique français Ernest Renan, de l’Académie française, historien hors pair, qui rejetait les doctrines de Calvin, a toutefois décrit dans un article de 1880 Calvin comme « l’homme le plus chrétien de son siècle ». L’historien suisse Merle d’Aubigné (mort en 1872) écrit : « Calvin est celui qui a travaillé, a écrit, a agi, et a prié le plus pour la cause qu’il avait embrassée. ». John Knox (1513-1572), grand réformateur écossais, après deux séjours à Genève, appelle la ville, « l’école de Christ la plus parfaite que le monde n’ait jamais vue depuis les jours des apôtres. ». Calvin considère Genève comme une ville de refuge pour les protestants persécutés, l’exemple d’une bonne communauté chrétienne disciplinée, et un centre hors pair pour la formation des ministres de l’Évangile. 1 La patristique est l’étude des textes et de la doctrine des « pères de l’Église ». 2 Calvin croit sans faille que la Bible est la véritable parole de Dieu, et que sa théologie est une expression pure de la théologie biblique énoncée de manière systématique pour le XVIe s. Or, il ne fournit aucune référence biblique appuyant son affirmation selon laquelle l’homme « a un sens de déité. ». Dans son explication de la doctrine de la prédestination (Éph 1.5, 8), Calvin se fonde sur la quadruple notion de causalité d’Aristote (les causes efficiente, matérielle, formelle, et finale). Cela veut dire que Calvin emploie sans aucun doute des catégories d’Aristote pour exprimer sa compréhension de l’enseignement de l’Apôtre Paul ! Une question se pose : jusqu’où la théologie de Calvin fut-elle influencée, consciemment ou non, par des idées philosophiques (il cite Aristote, Epicure, Platon, les Stoïciens, et Cicéron) ? De plus, Calvin avait tendance sur certaines questions à s’accorder avec Thomas d’Aquin
Tags : apotres
Catégorie : g04/De 1517 à l'an 1648
Après mort Apôtres - Période 9
6/6/2009
http://www.promesses.org
Histoire de l'Eglise La Réforme zwinglienne et les anabaptistes (9)Scott McCARTY Introduction : la situation en SuisseCet article traite un sujet peu connu par la majorité des protestants. En effet, non seulement le personnage central, Huldrych Zwingli (1483-1531), est chronologiquement encadré par deux géants de la Réforme, Luther et Calvin, mais il est mort relativement plus jeune qu’eux. Néanmoins, ce Suisse a été le premier grand réformateur non-luthérien. Pour saisir la particularité du début de la Réforme suisse, il est nécessaire d’avoir un aperçu de la situation politico-religieuse de l’époque, qui ne ressemblait pas à celle de l’Allemagne de Luther. Au début du XVIe siècle, les Suisses sont le seul peuple libre en Europe, même s’ils sont considérés comme faisant partie du Saint Empire romain germanique depuis 1291, quand trois cantons ont créé une Confédération, à laquelle dix autres cantons ont progressivement adhéré. Cette Confédération est une sorte de république modérée, permettant à chaque canton de gouverner ses propres affaires intérieures. Pour toute affaire extérieure touchant l’ensemble des cantons, la Confédération est gouvernée par une diète. Chaque canton y est représenté par le même nombre de députés, malgré les différences de population entre les cantons1. L’Eglise de Rome en Suisse est totalement corrompue, non seulement par de fausses doctrines mais aussi par un clergé ignorant, superstitieux et immoral à outrance. Le peuple est souillé de diverses manières par la pratique des mercenaires issus de ses rangs et mis à disposition de puissances étrangères ; à cette époque, les meilleurs soldats européens proviennent des cantons pauvres de Suisse2. Les villes sont exploitées financièrement par la papauté. Parallèlement, l’humanisme exerce une puissante influence sur la Confédération, surtout par la présence de son plus illustre représentant, Erasme, à Bâle. Cette ville intellectuelle, au carrefour de trois nations, est un centre européen pour l’imprimerie : le premier Nouveau Testament grec y fut imprimé en 1516. A l’université de Bâle, le professeur Thomas Wyttenbach attaque entre 1505 et 1508 les indulgences, la messe, la justification par les œuvres, et le célibat forcé du clergé. La République suisse se trouve au croisement de son existence au début du XVIe siècle : elle vit le déchirement des rivalités entre cantons et entre des grandes villes ; elle se corrompt par les effets du système des mercenaires ; elle méprise Rome à cause de ses papes trop « gourmands » et de son clergé méprisable. Quelque chose doit changer ! I. ZwingliDe la prêtrise au salutCe « quelque chose » se personnifie dans le prêtre suisse germanophone H. Zwingli (1484-1531). Né d’un père magistrat, élevé en bon catholique et fervent patriote des libertés suisses, diplômé deux fois de l’Université de Bâle, il est aussi poète et un musicien accompli (il joue de six instruments) ; il a aussi mémorisé le grec du N.T. à partir de 1516. C’est un jeune intellectuel, influencé par l’humanisme d’Erasme et le biblicisme de Wyttenbach. Résultat ? Zwingli est un personnage complexe, polyvalent, humaniste, autodidacte dans le domaine biblique, penseur et écrivain religieux, grand patriote ; ce patriotisme à l’extrême lui coûtera la vie. L’empreinte d’Erasme et de Wyttenbach ne s’effacera jamais dans la vie ni dans l’œuvre de Zwingli. Zwingli débute sa prêtrise en 1506 à Glaris, où il plonge dans l’étude des Ecritures, des Pères de l’Eglise et des philosophes païens. C’est un pasteur diligent, un collègue amical, un étudiant studieux, un prédicateur efficace, très apprécié pour ses expositions du texte biblique. Pendant son séjour de dix ans à Glaris, il attaque progressivement, mais avec modération, à travers ses écrits, les abus évidents touchant à tout ce qui mine la vie personnelle, sociale, religieuse et politique du peuple suisse. Son réveil spirituel commence à cette période, sûrement sous l’influence antérieure de Wyttenbach. Peut-on pointer du doigt le moment exact où Zwingli se convertit à Christ, puis son passage du réformiste au réformateur ? Non ! Car à Glaris, il met en avant son humanisme biblique, comme en témoigne son interprétation des épîtres de Paul à la lumière du Sermon sur la Montagne et de Platon ! Ce bon catholique pacifiste chemine lentement vers le salut. Ce processus intellectuel et spirituel ne s’achève qu’après son arrivée à Zurich, à partir de 1519. Il cherche diligemment « la voie » dans le N.T., guidé par les mots d’Erasme qui affirmait vers 1514-1515 que Christ est « la source de tout bien, sauveur, consolateur et trésor de l’âme ». Il n’a aucune intention à cette époque ni de détruire l’influence de Rome, ni de la quitter. Il espère seulement l’améliorer. Malheureusement, cet homme intense qui est « en chemin » ne triomphe pas de son penchant pour la chair, une pratique très commune parmi les prêtres… Cela trouble toutefois sa conscience, malgré le dicton : « Si non caste, saltem caute ! » (Si tu n’es pas chaste, au moins sois prudent). Heureusement, il est victorieux de ces penchants après avoir reçu l’assurance de son salut et s’être marié à Zurich. Zwingli, si efficace pour s’insurger contre les mercenaires de la Confédération, se voit cependant « remercié » par ses paroissiens. Il s’installe à Einsiedeln, un lieu de pèlerinage où l’image noire de la mère du Seigneur est adorée. Là, il critique les « cérémonies judaïsantes » de Rome, l’adoration de Marie, la vente des indulgences. Chose étrange, le nonce papal le fait aumônier papal (1518) avec pension annuelle ! Faux-pas qu’il regrettera amèrement bien plus tard à Zurich (1522). Zwingli discerne le besoin de réforme, lui qui n’a pas été encore réformé par Christ ! Sa célébrité considérable dans toute la Confédération comme prédicateur et patriote fait de lui le candidat idéal pour devenir le prêtre principal de l’église principale de Zurich (Gross-Münster). Le 1er janvier 1519, il prend ses fonctions à Zurich et y reste jusqu’à sa mort « prématurée » le 11 novembre 1531. A partir d’août 1519, la peste tue en deux mois un tiers des Zurichois ; Zwingli manque d’y passer ! Sa réflexion sur cette expérience (parce qu’il craint la mort), puis ses lectures de Luther complètent le processus de son salut ; il reconnaît alors que le salut vient par la grâce, non par les œuvres. Le temps du changementConvaincu que seule la prédication des Ecritures triomphe des abus, Zwingli assouvira pourtant son désir de réforme par la force ! Son but : une réformation totale, ecclésiastique, morale, politique et civile. Sa popularité ne l’empêche pas d’avoir des ennemis, ni d’être souvent menacé d’assassinat. Mais il poursuit ouvertement son œuvre : supprimer la messe, rejeter la papauté et sa hiérarchie, abolir les monastères, détruire les statues, dénoncer les monopoles des compagnies marchandes, abolir la dîme imposée sur tous, arrêter le trafic des mercenaires, traduire la Bible et la liturgie en suisse-allemand, rénover l’enseignement et la formation théologiques, renforcer le rôle des « laïcs » dans la vie de l’église, introduire un système disciplinaire ecclésiastique applicable par les autorités civiles (!), autoriser le mariage des prêtres, supprimer les honoraires pour les baptêmes et les enterrements. Zwingli se considère prophète d’un état politico-religieux, à l’instar de l’Israël de l’A.T. : c’est pour le Royaume de Dieu qu’il prêche, et le conseil municipal doit faire appliquer ses principes bibliques par tous les moyens à sa disposition ! Il est facile de critiquer cet homme, avec la connaissance biblique que nous avons accumulée depuis le XVIe siècle — et, certes, il est critiquable pour certains actes ! Toutefois, rappelons-nous qu’il n’a aucun modèle à imiter dans l’histoire de l’Eglise catholique romaine ! Même les cas des pré-réformateurs (Valdo, Wyclif, Hus, Savonarole, etc.) diffèrent. Zwingli est un vrai pionnier dans le vrai sens du terme ! L’autorité politique zurichoise estime nécessaire un débat public pour déterminer quel système politico-ecclésiastique suivre. Elle organise ce débat en 1523 entre Zwingli et ses ennemis catholiques : doit-on suivre Rome ou la réforme de Zwingli ? Zwingli a préparé un document, Les soixante-sept thèses, mettant en évidence le salut par la foi, la seule autorité de la Bible, Christ seule tête de l’Eglise, le droit au mariage des prêtres, la condamnation de toute pratique catholique non-biblique. Le conseil municipal le déclare vainqueur. La ville adopte légalement la Réforme zwinglienne. Les gouvernements de Zurich et du canton lient l’Eglise « réformée » et l’Etat dans une sorte de théocratie. Par la suite, la Réforme gagne certaines grandes villes comme Berne, Bâle, Schaffhouse, Saint-Gall, etc., et certains cantons importants. Le tout est organisé comme une sorte de synode d’églises évangéliques suisses. Des guerres à la neutralitéLes cantons ruraux, restés catholiques, en saisissent les dangers. Ils s’organisent en « Union chrétienne des cantons catholiques ». Après des manœuvres politiques des deux côtés en 1528-1529, la guerre contre l’Union est déclarée par Zurich sous la pression de Zwingli en juin 1529. Les soldats suisses n’aiment pas combattre entre eux ; une paix est donc signée le 26 juin 1529 à Kappel, procurant pour chacun avantages et inconvénients. Malheureusement, Zwingli considère qu’il a le droit de soumettre de force les cantons catholiques à la Réforme. Lorsqu’il cherche l’appui de Genève, les catholiques ont attaqué le canton de Zurich à Kappel, parce que le blocus alimentaire impulsé par Zwingli les pousse à la famine. La guerre commence le 11 octobre 1531 et s’achève en pratique le même jour ! Zwingli, l’aumônier, est tué avec les meilleurs hommes de Zurich. La paix de Kappel du 20 novembre 1531 apaise toute la Confédération. Zwingli avait raison de défendre la prédication de l’Evangile dans les cantons catholiques, mais aucune conversion ne naît par la force. La victoire des réformés aurait été une véritable catastrophe pour ces « protestants » et pour cette mouvance, car il y aurait eu une réaction massive de tous les pays catholiques autour de la Confédération. La Diète comprit que la voie de la neutralité face à tout pays étranger serait la seule solution pour la survie politique de la Confédération. Ce point nous aide à mieux comprendre la ténacité moderne de la neutralité suisse. Après ZwingliZwingli meurt, mais ses idées perdurent dans les cantons réformés grâce à des leaders valables et courageux. Ces idées ont aussi fait leur chemin dans le sud de l’Allemagne, en Hongrie, en Moravie et, en suivant la vallée du Rhin, jusqu’aux Pays-Bas, pour finalement parvenir en Angleterre plus tard. Aujourd’hui chaque né de nouveau en Christ bénéficie des convictions de Zwingli : l’autorité et le caractère vivifiant de la Parole de Dieu, l’œuvre du Saint-Esprit pour illuminer le lecteur, la souveraineté de Dieu, la cène comprise comme uniquement un mémorial. Dieu dans sa sagesse impénétrable, a choisi un homme qui reconnaissait sa propre imperfection pour retrouver certaines vérités bibliques pour sa plus grande gloire. Retenons ce qui est bon dans l’œuvre de Zwingli, mais profitons aussi de ses erreurs pour pouvoir les éviter. II. Les Anabaptistes3Un survol historiqueL’histoire, qui ne ment jamais, serait parfois plus acceptable si nos « héros » évangéliques ne remplissaient leurs armoires de « squelettes» ! L’histoire de Zwingli et de la mouvance anabaptiste est une véritable tragédie, les chrétiens zwingliens tuant les chrétiens anabaptistes au nom du baptême romain des enfants, mais aussi pour d’autres raisons. Le tout sous l’impulsion du Réformateur ! En 1525, deux disciples de Zwingli se séparent de lui en disant que le N.T. n’enseigne pas le baptême chrétien des enfants, trop jeunes pour se repentir et se convertir. En privé, Zwingli reconnaît le caractère non biblique du baptême des enfants, mais très vite, il le juge nécessaire pour la survie du système Eglise-Etat, même réformé ! Il voulait donner au Royaume de Dieu une forme physique et matérielle à Zurich et dans la Confédération. Le baptême systématique des nouveaux-nés place la ville et le canton du côté non plus catholique mais réformé. Comment n’a-t-il pas compris qu’il employait exactement la même méthode que Rome pour assurer sa pérennité?! Comme le baptême d’eau néo-testamentaire ne lave pas le cœur de ses péchés et ne correspond nullement sur le plan spirituel à la circoncision vétéro-testamentaire, Zwingli n’aura que des païens baptisés, mais des païens quand même ! Il accepte l’application par le conseil de Zurich de la punition suprême. Le 5 janvier 1527, le premier anabaptiste est noyé. D’autres cantons « réformés » appliquent la même sentence par la suite. Des milliers d’anabaptistes sont mis à mort ou sévèrement punis. Beaucoup fuient dans des pays environnants où souvent ils sont tués par les catholiques. En quatre ans, la mouvance anabaptiste est pratiquement éradiquée de Suisse. Le sang des martyrs pour des vérités bibliques n’est jamais versé en vain. Les idées de base de la mouvance ont survécu et trouvent, en général, leur expression parmi les Mennonites, les Baptistes en Angleterre, aux Etats-Unis d’Amérique et partout dans le monde. Bien de ces convictions se trouvent parfois dans d’autres groupes de convertis. Un survol doctrinalL’histoire de l’anabaptisme au XVIe siècle, au sens large, n’est pas faite d’un bloc. Elle est plutôt comparable à la roue en bois d’une charrue de cette époque : du moyeu s’étendent des rayons qui s’éloignent de plus en plus du centre et les uns des autres. Le moyeu est communément appelé « la Réformation radicale » ou « l’aile gauche de la Réforme ». Luthériens, zwingliens et catholiques acceptaient tous le principe du lien entre l’Eglise et l’Etat, ainsi que le baptême des enfants — ce que les anabaptistes récusaient. Ces dissidents ou radicaux se répartissent en trois grandes catégories : (1) les anabaptistes proprement dits, (2) les « spiritualistes », (3) les rationaux anti-trinitaires. Laissons de côté ces deux dernières tendances, carrément hérétiques et éloignées de l’enseignement du N.T., et concentrons-nous sur la doctrine des anabaptistes « normatifs ». Voici quelques croyances communément admises parmi eux : 1. Une église locale est formée uniquement de personnes nées de nouveau. 2. Le baptême est réservé à l’adulte qui est né de nouveau, en passant par la repentance et par la foi (Act 20.21). Ainsi, le baptême d’un enfant est-il anti-scripturaire. 3. Le principe néo-testamentaire du renoncement à soi et de l’entraide communautaire apportée dans l’amour aux nécessiteux est primordial dans la conduite du converti. 4. La symbiose de l’Eglise, comme institution nationale, avec l’Etat, est totalement rejetée, car la liberté de conscience religieuse est fondamentale, et l’Etat n’a pas le droit d’ingérence dans le domaine qui ne concerne que la conscience de l’individu. Cependant, l’Etat a le droit d’attendre la soumission de ses citoyens à une loi civile juste et équitable pour tous sans distinction aucune. 5. Le chrétien, vu la nécessité de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, ne doit pas exercer une responsabilité dans le système judiciaire. Un juge tranche jusqu’à condamner son prochain, alors que seul Dieu est Juge ; le chrétien doit-t-il prendre le place de Dieu ? 6. La participation à la guerre, même d’une manière défensive, est une horreur, contraire à l’exemple de Christ et à l’esprit de l’Evangile. 7. La peine capitale est antichrétienne. 8. L’individu est parfaitement libre de croire ou non. Aucun cas ne justifie l’emploi de la force. 9. La cène est l’acte le plus solennel auquel un adulte puisse participer. Pour cela, l’individu doit être converti à Christ, baptisé, et en règle avec le Seigneur. 10. Les décisions concernant la doctrine et la discipline sont prises par toute l’église locale après une discussion publique et libre. 11. La prestation de serment doit être rejetée selon Matt 5.34-35. Toutefois, servir de témoin assermenté devant un tribunal est acceptable, puisqu’il s’agit d’accomplir son devoir de dire la vérité. 12. L’établissement d’une sorte de communion des églises interdépendantes ayant la même assise doctrinale est une bonne chose. Cela dit, nous ne voulons pas laisser l’impression que tout anabaptiste « normatif » depuis le XVIe siècle a toujours vécu une vie chrétienne exemplaire sur tous ces points, ni que ces points récapituleraient les doctrines et les pratiques du N.T. Par exemple, les points 5 et 6 ne sont pas acceptés aujourd’hui par tous les chrétiens dans le monde. Chacun est libre devant Dieu pour décider pour lui-même. Le but de cette partie de l’étude est de nous informer que bien des croyances et des pratiques des lecteurs de Promesses ont eu leurs origines dans la Réformation, dite « radicale », encore plus que dans la Réforme « classique ». Même si chaque mouvance pouvait inclure certaines particularités, manies, voire hérésies, qui éloigneraient des gens peu fondés des principes du N.T., nous pourrions profiter du passé en reconnaissant ce qui est bien et ce qui est moins bien. ConclusionEn lisant l’histoire des grands réformateurs, leurs paroles et leurs actes, nous pouvons nous demander : « Comment de tels hommes osaient-ils professer Christ comme leur sauveur et agir ainsi ? ». La question est légitime. Si tous ces hommes avaient été parfaits après leur conversion, nous serions sûrement plus à l’aise à leur sujet. Les voies de Dieu et son plan sont mystérieux et ne sont pas de notre ressort. Le salut est un acte privé entre l’individu et son Sauveur ; lui seul décide qui est sauvé ou non. Aimons ces hommes pionniers, et leur fidélité courageuse : ils nous ont tracé le chemin du désir de plaire au Chef de la vraie Eglise. Dans beaucoup de domaines nous ne sommes pas dignes de porter leurs souliers ! 1Ainsi, une majorité à la Diète peut aller avec une minorité en nombre d’électeurs. Ce système permettra à la Diète d’empêcher la pénétration du protestantisme dans les cantons catholiques jusqu’en 1848 ! Il sera modifié en 1848, puis amélioré, pour suivre à peu près le modèle américain. 2Aujourd’hui encore, ils sont la garde rapprochée du pape. 3Le mot « anabaptiste » signifie « baptisé à nouveau ». Le nom d’« anabaptiste » était péjorativement donné par les luthériens, les zwingliens, et les catholiques à tous ceux qui n’étaient pas de « chez eux ».
Tags : apotres
Catégorie : g04/De 1517 à l'an 1648
Après mort Apôtres - Période 8
6/6/2009
http://www.promesses.org
Histoire de l'Eglise LE DEBUT DE LA REFORME (8)Période à partir de 1517MARTIN LUTHERScott McCarty IntroductionNous sommes en 1517. Depuis 590 ans, l’Europe suit un chemin rectiligne sur les plans religieux, politique, et économique ; une route plutôt large, mais dont la ligne blanche centrale est lapapauté, mesure de toute chose. Il arrive que le chemin zigzague sous l’influence de la scolastique, du féodalisme, de la Renaissance, du nominalisme, ou de l’imprimerie. Néanmoins, la ligne blanche reste figée au centre, envers et contre tout. A partir de 1517, avec la publication des Quatre-vingt-quinze Thèses de Luther contre les indulgences, l’histoire devient un véritable kaléidoscope de croyances, de transformations, de violences inimaginables auparavant ! Des changements radicaux bouleversent et libèrent l’Europe. Cette histoire naguère unifiée se lézarde, s’émiette pour donner naissance à des histoires très disparates, chacune suivant sa propre impulsion. Cette effervescence compliquant notre narration, nous suivrons chronologiquement plusieurs de ces pistes, et ce jusqu’à leur aboutissement : la formation des dénominations luthérienne, zwinglienne, calviniste, et anglicane. MARTIN LUTHER (1483-1546)Martin Luther (1483-1546), Saxon catholique d’origine humble, est élevé dans une discipline stricte ; forcé de gagner sa vie à l’âge de 14 ans en chantant dans les rues (!), il voit cependant son père payer ses études à l’université d’Erfurt en Allemagne. Il brille par l’originalité de ses pensées, par sa maîtrise de la langue allemande, et par des dons naturels de musique et de poésie. Il reçoit le doctorat en philosophie en 1505. Mais contre toute attente, il entre au monastère augustinien : il craint de mourir sans être en règle avec le Dieu sévère de l’Ancien Testament ; il est aussi convaincu de la vanité de la vie, et désire gagner son salut en devenant moine. Cet adorateur fanatique de Marie suit les règles ascétiques les plus strictes, mendiant du pain, se flagellant pour chasser le péché de sa chair, lisant fidèlement la Bible. Cependant, son âme ne connaît jamais la paix ! Providentiellement, un vieux moine, et Von Staupitz, vicaire-général des monastères augustiniens allemands, lui font remarquer que le pécheur est justifié par la grâce de Dieu et par la foi en Jésus-Christ ; Luther ne comprend rien. Staupitz l’encourage à obtenir son doctorat de théologie à Wittenberg où il devient professeur de théologie ; toujours pas de paix dans son âme ! Par une étude intense de l’Épître aux Romains, Luther (vers 1514) saisit finalement le sens du salut par la grâce : « … je compris enfin que la justice de Dieu, c’est celle par laquelle Dieu, dans sa miséricorde et dans sa grâce, nous justifie par la foi. Aussitôt je me sentis renaître… ». La justification est un acte judiciaire de Dieu par lequel il acquitte le pécheur repentant de sa culpabilité pécheresse et l’habille avec la justice de Christ, à la seule et unique condition qu’il croie en Christ comme seul et unique sauveur. Rédemption ! Paix ! Liberté ! Fait étonnant, Luther ne soupçonne pas encore la contradiction entre son salut reçu par grâce et le salut hérétique promis par Rome : il continue de prier Marie, il ne doute pas de la valeur de l’intercession des saints au Ciel, il croit au sacrifice de la messe. Même 3 ans après sa conversion ! Sans aucune intention de réformer l’Église de Rome, ni de se séparer d’elle, il continue de prêcher le salut par la grâce de Dieu et la foi personnelle en Christ. Cependant Dieu agit et pousse Luther par les circonstances à devenir bientôt réformateur malgré lui. Léon X (1515), continuant la pratique de Jules II († 1513), autorise l’Archevêque Albrecht de Mainz à vendre des indulgences. Le bénéfice réalisé est censé payer la reconstruction d’une partie de la cathédrale St Pierre à Rome. Johannes Tetzel, prieur dominicain, docteur en philosophie et inquisiteur papal, est chargé de ce trafic : « Dès que l’argent tombe dans le tronc, une âme sort du purgatoire », aurait-il dit ! Et l’on fait la queue ! Tetzel clame haut et fort la valeur de ses ventes d’indulgences : plus d’âmes sortent du purgatoire par ces indulgences que Pierre n’en a sauvé par sa prédication ! Par contre, le nonce papal en Allemagne, Karl von Miltitz, l’a étiqueté comme coupable d’avarice, de malhonnêteté, et d’immoralité sexuelle ! Tetzel porte son commerce à Jüterborg, à quelque distance de Wittenberg. Luther, enragé par la perversion du monnayage des indulgences, se résout à ne pas trahir sa théologie, ni sa conscience. Il écrit ses griefs contre le trafic de Tetzel, puis, ne consultant personne, il affiche le 31 octobre 1517 au soir ses Quatre-vingt-quinze Thèses de condamnation sur la grande porte de la chapelle du château de Wittenberg ! Il invite tout lecteur à une discussion publique sur le sujet, et en informe l’évêque et l’archevêque par lettre. Toute l’université de Wittenberg est déjà gagnée à sa cause, personne ne débat donc avec Luther. Ses amis envoient des copies des Thèses dans toute l’Allemagne, et partout ailleurs en Europe, en quelques semaines. Étonnantes, ces Thèses, qui ne condamnent ni le pape, ni l’Église de Rome, ni les doctrines catholiques, ni même le principe de la vente des indulgences ! Luther censure seulement l’abus extravagant de leur vente. Il ne critique ni le purgatoire, ni ne prêche la justification par la foi. La forme des Thèses est catholique, tandis que l’esprit et le but sont évangéliques, si l’on lit « entre les lignes ». Luther, dans son innocence, ignore les effets futurs de ce pavé lancé dans la mare de Rome ! Néanmoins, les fidèles du pape comprennent immédiatement les conséquences néfastes de ce séisme pour leur système ! A la suite du trouble causé par « le moine allemand », l’Empereur Charles Quint, craignant que dans son Empire ne se produise un schisme entre catholiques et disciples de Luther, convoque la Diète d’Augsbourg en 1518 en vue de faire revenir ce dernier à la « sainte foi » (sic) de Rome. Luther y affirme sa soumission à la seule autorité de la Bible, et décide après la Diète d’aller directement au peuple allemand pour plaider sa cause en écrivant trois œuvres « révolutionnaires » pour l’époque : 1. A la noblesse chrétienne de la nation allemande (août 1520). Ce document de politique révolutionnaire exhorte la noblesse à contrer l’autorité spirituelle de la papauté, qui se considère comme supérieure à l’autorité civile et seule habilitée à interpréter la Bible. La noblesse doit réformer l’Eglise en empêchant le pape de se mêler des affaires civiles allemandes, et elle doit encourager les croyants locaux à choisir leurs propres ministres spirituels. 2. Prélude sur la captivité babylonienne (octobre 1520). Luther attaque de front le système sacramental (les sept sacrements) et le pouvoir absolu des prêtres par lesquels Rome contrôle la vie tout entière des individus, du berceau au tombeau. Il met en évidence trois erreurs de cette captivité : la suppression de la coupe pour les laïcs lors de la cène, la théorie de la transsubstantiation, et le sacrifice de la messe. 3. De la liberté du chrétien (octobre 1520). L’idée centrale est que le chrétien domine sur tout, qu’il n’est assujetti à personne en vertu de la foi, et qu’il est le serviteur de tous par la vertu de l’amour. La prêtrise spirituelle en Christ appartient à chaque chrétien. Luther en appelle à une réforme nationale allemande. La foudre de Léon X frappe Luther par l’excommunication, effective dès 1521. Par ce geste historique tout ce qui deviendra « protestant » est préalablement condamné pour toujours. Près de sept années ont passé depuis la conversion de Luther vers 1514, durant lesquelles il étudie intensément la Bible, se débarrassant ainsi d’une multitude de fausses doctrines. L’acte papal est finalement une grande bénédiction libératrice pour tous ceux qui placent leur confiance en Christ ! Les amis de Luther, sachant que certaines forces veulent le tuer après la Diète de Worms (1521) où il a tenu tête à Charles Quint, le « kidnappent » pour le protéger. Pendant cet emprisonnement, il traduit le Nouveau Testament du grec en allemand (l’Ancien Testament paraîtra en 1534). Le monde change vite et radicalement pendant son absence d’un an : 1. Les chevaliers pillent les terres des prélats et des riches bourgeois. 2. Les paysans croient que l’Évangile écarte l’obligation de payer des impôts aux seigneurs et permet, en plus, de prendre les terres par la force. Luther, effrayé de voir que l’Évangile est tordu et que la Réforme risque de disparaître, incite les princes à « tirer dans le tas » pour casser cette révolte ! Près de 100 000 paysans seront tués par leurs coreligionnaires ! La paysannerie d’Allemagne du Sud se sent trahie et retourne dans le giron de Rome ! 3. Les princes luthériens s’adjugent les terres de Rome enclavées dans leurs territoires en 1524-25. Luther est un héros national pour tous ceux qui rompent avec Rome (Luther quant à lui détestait fortement l’instrumentalisation de son nom : « … qu’on taise mon nom… je n’ai été crucifié pour personne… »). Néanmoins, certaines de ses actions, parfois brutales ou mal comprises, lui valent des critiques et lui aliènent d’anciens partisans: 1. La paysannerie, croyant pouvoir compter sur le soutien de Luther pour se libérer du servage, emploie la violence. Luther la condamne et va jusqu’à encourager les nobles et les princes à réprimer le soulèvement. La guerre fait plus de 100,000 victimes ; beaucoup d’Allemands reviennent au catholicisme, d’autres se tournent vers le radicalisme ! 2. Les radicaux, à savoir les anabaptistes , qui l’accusent de ne pas aller assez loin dans les réformes. 3. Les humanistes (1525) qui l’accusent d’y aller trop fort ! 4. Certains critiquent son mariage « romantique » (le couple a 6 enfants, et Luther est considéré comme un excellent et tendre père), car « une fois moine, toujours moine » ! 5. Il gâche l’occasion de joindre ses forces à celles des protestants zwingliens de Zurich (1529). Sur 15 points litigieux, un seul cause la rupture ! Il s’agit de l’interprétation de la sainte Cène (ce point sera examiné ultérieurement). 6. Les Juifs, d’abord remplis d’estime pour ce moine qui les défend dès 1523, tombent de haut. En effet, 20 ans plus tard, leur refus de se convertir à Christ pousse Luther à les haïr comme on stigmatise les hérétiques. Les Juifs ne le lui pardonneront jamais. Le mouvement initié par Luther (malgré lui), se développe si rapidement qu’il sent la nécessité d’organiser une certaine liturgie pour affermir les nouveaux convertis en Christ. Pour accomplir ce projet, il sera aidé par la décision de la Diète impériale de Spier (1526) : la tête qui règne sur chaque état et dans chaque ville libre peut choisir la religion qui lui convient jusqu’à ce qu’un concile général soit convoqué. Les catholiques et les luthériens pratiquent l’intolérance envers les minorités religieuses de leurs états respectifs. La 2ème Diète de Spier (1529), contrôlée par les catholiques, abroge la décision de 1526 en décrétant que l’Allemagne restera catholique ! Les défenseurs princiers de Luther protestent par écrit auprès de l’Empereur contre cette injustice. Ainsi le terme « protestant », c.-à-d. schismatique, est né. Or, la connotation négative du terme laisse penser que tous ceux qui se séparent du catholicisme proclament la guerre au pape : l’effet psychologique est malheureux ! L’évangélique n’est pas contre une religion, mais pour Christ ! Le clergé catholique actuel se refuse à l’admettre ; preuve en soit cette réflexion du Cardinal Etchegaray de Lyon ( La Croix du 9 septembre 1983) : « Luther est un chrétien sorti tout droit de l’Évangile. Il a voulu ramener l’Église au seul combat qui fut vraiment le sien : assurer la transparence de la Parole de Dieu à une Église encombrée de bagages excédentaires (sic, erronés plutôt…) », sur quoi il condamne le réformateur d’avoir rejeté « les trésors inaliénables (sic) de l’Église indivisible ». Rome sait donner d’une main ce qu’elle reprend de l’autre… Charles Quint convoque la Diète d’Augsbourg (1530) pour tenter de réconcilier les partis en conflit. Il désire pacifier l’Allemagne afin de se concentrer plus tard sur l’envahisseur turc (1532). Melanchthon, disciple principal de Luther et théologien brillant, rédige La Confession d’Augsbourg, synthèse de la doctrine luthérienne. Cette Confession (1530) reste, depuis, la charte de référence des Églises luthériennes. Mais Rome exige la soumission totale ! Se sentant menacés, les princes allemands protestants forment la ligue de Smalkalde (1532), composée de 5 États et 11 villes pour se défendre contre l’Empereur. Ce dernier, enragé, décide d’en finir avec les protestants par les armes! Pendant la guerre, intermittente entre 1546 et 1552, les protestants sont aidés par le roi de France Henri II, ce même roi qui extermine pourtant les protestants par milliers dans son pays ! Les protestants allemands et le roi de France vainquent l’Empereur, lequel, découragé, décide d’abdiquer (1556) en faveur de son frère Ferdinand qui fera la paix avec les protestants. La Paix d’Augsbourg (1555) : chaque prince impose sa religion à son état (les minorités doivent être protégées et peuvent immigrer). Toute autre forme de protestantisme (zwinglienne, calviniste, anabaptiste) y est interdite, et tout ecclésiastique se convertissant au luthéranisme doit rétrocéder ses propriétés à Rome. Ainsi, le luthéranisme devient une religion d’état ; il est exporté en Scandinavie, et une certaine unité catholique de l’Empire est sauvegardée. Laissons la Réforme luthérienne pour nous pencher sur l’homme Luther. Son caractère, très complexe, sollicite soit une admiration fervente, soit une inimité sans borne ! Ses écrits (personne n’a jamais autant ouvert son cœur et sa vie qu’il ne l’a fait), les opinions de ses amis et les observations de ses contemporains nous lèguent un tableau sympathique de sa vie privée et personnelle : Martin était entier, franc, joyeux, tempéré et simple dans ses habitudes, un mari et un père exemplaire, très hospitalier, content de peu, courageux, sincère, transparent. Par contre, lors de ses interventions en public pour débattre contre un opposant ou dans sa correspondance privée, il savait user d’un langage satirique, parfois vulgaire (!), plutôt dogmatique, intolérant, violent, appelant un chat un chat, tandis qu’il pouvait employer des propos tendres et chaleureux qui en ont réconforté plus d’un. Sa maîtrise unique de la langue allemande le rendait redoutable pour son adversaire. Ses dons naturels de poésie et de composition musicale ont favorisé la croissance du protestantisme allemand. Ses qualités alimentaient une vie spirituelle personnelle et profonde : Luther reconnaissait sa dépendance totale de son Maître pour son quotidien et pour son ministère. Pourtant, il était un homme plein de faiblesses, d’inconsistances, voire d’illogismes ! Il les avouait sans nécessairement essayer de les corriger. On peut affirmer que Luther était irrévocablement guidé par une attitude dont il ne s’est jamais départi : sa vie était entièrement dominée par une conscience soumise à la parole de Dieu. Il serait injuste de condamner la totalité de son œuvre à cause de certaines erreurs, injustifiables selon la parole de Dieu. La tâche de résumer la théologie du Réformateur est compliquée pour trois raisons : 1. Les circonstances de ses écrits (plus de 100 gros volumes !) : il écrit sous la pression d’événements polémiques très variés. Luther n’aura jamais le temps de condenser l’essentiel de ses pensées sous forme dogmatique. 2. Son herméneutique textuelle. Sa théologie trouve son origine dans ses efforts pour interpréter les textes bibliques. L’herméneutique dont il est un pionnier est celle du contexte immédiat : elle ne lui permet pas de fixer les contenus théologiques, parce qu’il est toujours en train de découvrir des « nouvelles vérités». 3. Son humilité. Luther ne veut pas que ses réflexions théologiques fassent de l’ombre à la découverte de Christ dans les Écritures : « Qu’est-ce que Luther ? La doctrine n’est pas de moi ». La théologie de Luther est surtout un recueil de pensées vivant, actif, et approprié à la personne. Pour bien saisir sa théologie, il est nécessaire de connaître le lieu et les circonstances de tel ou tel écrit, car il écrit pour ce moment précis. N’oublions pas que cet homme est un éclaireur et un pionnier dans le sens le plus pur. Il lui faut être sur tous les fronts (politique, ecclésiastique, spirituel, littéraire) en même temps et tout le temps ! Il n’a pas eu son semblable depuis. Sa vie et ses convictions jettent leurs lumières jusqu’à nous. Voici quelques opinions favorables sur Luther : - Wolfgang Goethe (1832) reconnaît qu’il permet au peuple allemand de comprendre la pureté du christianisme. - Heinrich Heine (1852), poète juif, sorte de « Voltaire » franco-allemand, concède que Luther fut le plus grand Germain de l’histoire allemande, ayant en lui-même les vertus et les vices du peuple germanique : c’est un mystique quoique pratique, le créateur de la langue allemande moderne (à cause de sa traduction de la Bible). - Johann Joseph Ignaz von Döllinger (1872), le plus érudit historien et critique catholique allemand du 19ème s. s’oppose à Luther. Il reconnaît toutefois sa supériorité intellectuelle, son amitié sympathique, libre de toute avarice, prête à venir en aide à tous. Luther a donné aux Allemands plus qu’aucun autre Allemand n’a jamais donné à son peuple — langue, Bible, hymnes. Il est le libérateur de son peuple. Quelques paroles du Réformateur soulignent sa spiritualité et sa perspicacité : - « C’est en vivant, c.-à-d. en mourant et en étant déclaré coupable qu’on devient théologien, et non en réfléchissant, en lisant, ou en spéculant ». - « Ainsi, ce passage [Rom 1.17] de Paul fut vraiment pour moi la porte du paradis ». - « La Croix seule est notre théologie ». - « Notre théologie… est certaine parce qu’elle nous pose en dehors de nous-mêmes ». - A ses étudiants : « Je vous ai enseigné Christ, avec pureté, avec simplicité, sans falsification ». - « J’ai simplement enseigné, prêché, écrit la Parole de Dieu : je n’ai rien fait… La Parole a tout fait ». - « Les bonnes œuvres ne font pas un homme bon, mais un homme bon fait de bonnes œuvres ». Luther proclamait sans arrêt : Solus Christus, Sola gratia, Sola fide. Il répondait à quatre questions troublantes pour les catholiques : - Comment peut-on être sauvé ? Non par des œuvres, mais par la grâce de Dieu et la foi en Jésus-Christ. - Quelle est l’autorité religieuse absolue ? Elle ne réside pas dans une institution visible appelée « l’Église de Rome » mais dans la Parole de Dieu, la Bible. - Qu’est-ce que l’Église ? C’est la totalité de la communauté des croyants en Christ, parce que chaque chrétien est un prêtre devant Dieu. - Quelle est l’essence de la vie chrétienne ? Servir Dieu de toute manière utile pour le bien-être des hommes. Où sont les Luther modernes qui soient humbles, sincères, droits, désintéressés, francs, intègres, opposés à toute altération de l’Evangile, ne cherchant pas la gloire des hommes, se gardant de devenir des caméléons doctrinaux, mais prêts à tenir seuls contre l’erreur éthique, morale, pratique, et doctrinale ? 1Les anabaptistes réservent le baptême aux adultes convertis uniquement; Luther accepte encore le baptême des enfants.
Tags : apotres
Catégorie : g04/De 1517 à l'an 1648
Après mort Apôtres - Période 7
6/6/2009
http://www.promesses.org/
HISTOIRE DE L’EGLISE LE CONTEXTE DE LA REFORME (7)Période de 1517-1563Scott McCARTY I. INTRODUCTIONLe terme de « Réforme » est utilisé par les historiens dès 1640. Il décrit une courte période explosive qui va fortement secouer l’Eglise de Rome et l’Europe politique, économique, sociale et culturelle. Lancée dans les eaux occidentales déjà en ébullition, la vérité du message évangélique ne cessera de faire des vagues, jusqu’à nos jours ! La Réforme fait éclater les concepts connus et reçus jusqu’alors. A tel point qu’on peut affirmer que le monde moderne commence au 16ème siècle en Europe, à l’exception peut-être de l’Italie. Sans cette « bombe », l’occident serait sûrement encore plongé dans les ténèbres de l’ignorance, de la superstition, de l’erreur, de l’esclavage spirituel et intellectuel. En réalité, ce serait une erreur de réduire la Réforme à un seul mouvement religieux, car la société tout entière en est révolutionnée. Un tel bouleversement s’est fait dans un cadre historique particulier, sur lequel il convient de porter un regard lucide. Une attitude critique, qui n’implique pas forcément la condamnation, s’impose donc sur l’Europe du début du 16ème siècle. Loin de nous la volonté de ranimer quelque guerre de religion. D’un point de vue catholique romain, la Réforme, fautrice de trouble, de division, et de violence, fut longtemps coupable de tous les maux de l’Europe à partir de 1517 ! Mais l’Encyclopédie catholique pour tous (parue en 1989, totalisant 1327 pages, écrite par et pour des catholiques, et agréée par le Vatican) reconnaît sans détour que la Réforme protestante a eu pour causes profondes les erreurs, les maladresses, et la dépravation de la papauté, ainsi que les abus ecclésiastiques de toutes sortes, l’ignorance et l’aveuglement (p. 390) ! Forts de cette véritable confession publique, nous pouvons relater l’histoire de cette ère sans être accusés d’arbitraire. L’histoire ne ment pas, mais la tordre est très facile. Par conséquent, cet article tentera de rester sur les rails de l’histoire attestée par les historiens les plus érudits. Nous sommes conscients toutefois que l’histoire est une épée à deux tranchants : nous y reviendrons dans notre prochain article. II. LA NECESSITE DE LA REFORMEDominée par l’Eglise de Rome, chaque sphère de la société européenne participa involontairement à l’aplanissement du chemin rocailleux à travers ce chambardement général. D’abord, la démographie. La France, délimitée par la Somme au nord, la Meuse et la Saône à l’est, et Lyon, alors ville frontière, au sud, n’abrite curieusement que 15 millions de personnes. C’est le pays le plus riche et le plus organisé d’Europe. L’Angleterre, sans l’Ecosse et l’Irlande, ne recense que 3 millions et demi d’habitants ! L’Espagne en compte 6 à 7 millions. Le Portugal, 1 million. L’Italie est formée de 7 Etats principaux. Le Saint Empire romain germanique, de la Mer du Nord à l’Adriatique et à la Mer méditerranée, compte plusieurs Etats laïcs ou ecclésiastiques, et beaucoup de petites républiques — des villes libres en fait. Les dix cantons de la Confédération Suisse sont relativement indépendants, quoique toujours menacés par les Habsbourg. Les 3 pays scandinaves forment une Union déterminée par la géographie. La Pologne, la Hongrie et le grand-duché de Moscovie contrôlent d’immenses territoires à l’est. L’Europe, un « ensemble » de composants très disparates, est plus ou moins bien « tenue en laisse » par l’Eglise de Rome. L’Europe est en pleine éclosion économique : la découverte du Nouveau monde avec ses richesses, le commerce avec l’Orient et ses nouveaux produits, des inventions pour exploiter les mines, le textile, les minéraux… Bref, le continent est en train de passer d’une économie agraire à une économie monétaire. Les artisans, l’aristocratie, les commerçants, les banquiers s’enrichissent, mais la paysannerie est écartée des bénéfices du progrès (le monde du 21ème siècle a-t-il changé?). Cette dernière perd ses acquis du fait de l’inflation, des bas prix payés à la ferme, des monopoles, des restrictions absurdes. Tous n’attendent, sans le savoir, qu’une étincelle pour renverser l’ordre économique et social en place. La situation est aggravée par le fait que les décideurs économiques sont souvent des ecclésiastiques avides de gains : un cinquième de la terre d’Allemagne et un tiers de celle d’Angleterre sont détenus par l’Eglise de Rome (qui a depuis longtemps oublié l’exemple de son chef officiel, cf. Mat 8.20) ! La vie intellectuelle est en effervescence. On acquiert de nouvelles connaissances, apportées par les érudits byzantins grecs qui ont échappé à la conquête musulmane. Les influences multiples de la Renaissance et de l’invention de l’imprimerie en Allemagne (1455) amplifient l’agitation. En l’an 1500, quelque 1000 imprimeurs ont déjà publié 9 millions de livres ! Voici quelques-uns des facteurs qui façonnent la vie intellectuelle du 15ème siècle : 1. Le triomphe de la philosophie du nominalisme qui prône la connaissance intuitive, empirique et individualiste en lieu et place de l’approche scolastique (la raison et le potentiel de l’homme volent au secours de la foi pour l’aider à découvrir la vérité !). 2. La Renaissance, dont l’expression la plus habile est certainement l’humanisme. Ce mouvement vise l’épanouissement individuel en exaltant la dignité de l’esprit humain par la culture littéraire ou scientifique. Le libre arbitre donne le droit de tout examiner, indépendamment des proclamations ecclésiales. L’homme ne doit pas mépriser ses sentiments, et peut se consacrer à dominer et à améliorer son environnement. Erasme (1466-1536), considéré comme le grand érudit de son époque, résume le projet humaniste : « …régénérer l’homme en purifiant la religion et en baptisant la culture ». Le tout, bien sûr, par l’effort humain prioritairement, Dieu restant très accessoire (le 21ème siècle est pétri de cet humanisme dont bien des évangéliques sont infectés !). 3. Certaines théories conciliaires (décisions, canons des conciles), émanations du raisonnement humain, remettent en cause l’autorité papale, et poussent logiquement les hommes vers la démocratie et l’indépendance par rapport à l’opinion tyrannique du « Saint-Siège ». La conception optimiste des humanistes en la capacité humaine de régler tout problème d’une manière intelligente et paisible ne parvient pas à calmer l’agitation et l’anxiété dominant la vie du 15ème siècle : 1. Les moines refusent souvent d’obéir à leurs évêques. 2. Les ordres religieux se jalousent les uns les autres. 3. Un grand nombre d’ecclésiastiques « oublient » leur mission spirituelle et locale : loin de leur diocèse, ils vivent à la cour papale, vont à la guerre1, sont ambassadeurs, cumulent parfois plusieurs évêchés à la fois. Sixte IV (1471-1484) et Alexandre VI (1485-1492) ne pensent qu’à enrichir leurs familles, leurs propres enfants et neveux ! 4. Certains prêtres vivent en concubinage, possèdent des bordels, boivent excessivement, ne connaissent pas le latin. La médiocrité domine. 5. Le clergé, exempté de toute punition pour ses incartades par des tribunaux nationaux, ne paie pas d’impôts aux trésoriers. 6. Toutes les fonctions ecclésiastiques se vendent et s’achètent, les meilleures aux plus offrants ! 7. L’intérêt pour la piété croît. Des œuvres y encouragent : vies des saints, Imitation de Jésus-Christ, Art de Bien Mourir, extraits bibliques) ; tableaux peints ou littéraires décrivant l’enfer et le purgatoire ; sculptures des cathédrales, où d’affreuses gargouilles côtoient les statues des saints. Généralement, la masse populaire est épouvantée par l’idée de la mort et de la fin du monde : « Qui peut être sûr de son salut ? ». 8. Odieuses promesses d’échapper au purgatoire, les indulgences garantissent la rémission de la culpabilité et de la punition des péchés. Leur vente massive déclenchera la crise spirituelle d’un certain moine provincial, Martin Luther, et allumera la protestation réformée. Quelques exemples représentatifs de la comptabilité des marchands d’indulgences : - Contempler la relique du crâne d’un des douze Apôtres vaut 14 000 jours de pardon. - Adorer Marie en la priant raccourcit le purgatoire de 11 000 années. - Trois prières à Ste Anne valent 1.000 années de rémission pour des péchés mortels et 20.000 pour des véniels. - On peut acheter des indulgences en vue de péchés futurs ! En marge, on peut se demander comment des ecclésiastiques peuvent prévoir des dispenses de purgatoire, alors qu’un tel endroit n’est jamais évoqué dans la Bible ! Malgré tout, lors du Jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II ne s’est pas privé d’offrir des « indulgences plénières » ! N’aurait-t-il jamais lu 1 Tim 6.6-11 ? Vers la fin du 15ème siècle, d’honnêtes gens de tous horizons sociaux et religieux réclament de manière instante une répression des abus dans l’Eglise. Il faut dire que les papes, des princes italiens, ne se passionnent pas spécialement pour la religion. Ils se cultivent ! 1512 donne pourtant une chance au nettoyage tant espéré : Jules II convoque le Vème Concile œcuménique de Latran à Rome. Hélas ! La question des abus n’est pas même abordée. On reconstruit la basilique Saint-Pierre. Pour financer Bramante, Michel-Ange, et Raphaël, le pape encourage la vente des indulgences. Son successeur Léon X (1513-1521) reste accaparé par ce grand « souci ». Il mettra fin au Concile en 1517 sans avoir songé à réformer quoi que ce soit ! Quelques mois plus tard, Luther affiche publiquement ses 95 Thèses contre les indulgences. Le point de non-retour est atteint. Le monde ne sera plus jamais le même ! Avant d’aborder la Réforme proprement dite, il est nécessaire de se demander : « Comment l’interpréter ? ». Nécessaire, car l’histoire procède d’un creuset de facteurs complexes et panachés. Son interprétation varie selon nos préjugés nationaux ou confessionnels, selon notre formation scientifique ou littéraire. Bien des évangéliques ne connaissent pas les avis fort divers qui s’expriment sur cette période. En voici quelques-uns : 1. Les historiens catholiques en majorité ont longtemps qualifié la Réforme d’hérésie inventée par un Luther taré, apostat, obsédé sexuel. Vatican II a modéré la critique, mais Luther demeure schismatique, et les protestants actuels sont « des frères séparés » ! 2. Les rationalistes (18ème siècle), dont Montesquieu, Voltaire, Hume, donnent à la géographie un rôle prépondérant : ils opposent le Nord de l’Europe plutôt indépendant à un Sud soumis à l’autorité écrasante de la papauté. On met en avant la concurrence entre Luther, moine augustinien, et Tetzel, moine dominicain, en suggérant que chacun cherchait à tirer un profit maximum de la vente des indulgences. 3. Toujours sous l’influence des « Lumières » de la libre pensée, le Romantisme du 19ème siècle conçoit la Réforme comme une sorte de Révolution française dans le domaine de la liberté de pensée, comme un combat contre la tyrannie intellectuelle. 4. Les interprétations économiques et évolutionnistes, après 1859, multiples et bigarrées (Marx, Tolstoï, Nietzsche), interprètent la Réforme comme la rébellion contre la cupidité de la papauté. La masse populaire a compris son droit de posséder des biens matériels au même titre que les classes aisées ; l’évolution de l’espèce humaine de cette époque la pousse à lutter pour une vie plus équitable. 5. L’interprétation chrétienne évangélique, représentée par l’historien suisse Merle d’Aubigné († 1872), met en évidence le caractère essentiellement religieux de la révolte des catholiques fidèles pour restaurer la pureté perdue de l’Eglise primitive. Martin Luther est choisi par le Seigneur Jésus-Christ, Tête de l’Eglise, pour leur rappeler que seul Jésus-Christ peut pardonner, sauver, donner la vie éternelle, sans œuvres méritoires, et cela sur la seule base de Sa grâce acceptée par une foi sincère. Le véritable converti en Christ reconnaît que, dans sa souveraineté, Dieu a voulu la révolution spirituelle qui a permis la restauration de ce message libérateur. III. CONCLUSIONL’histoire est moins une accumulation linéaire d’événements qu’une conjoncture de circonstances denses, chacune ayant ses propres caractéristiques et conséquences. Personne ne peut repérer dès le commencement chaque force vive du changement ni en prévoir le terme. Seul le recul, une fois la « poussière » retombée, conduit à une analyse plus ou moins objective du « qui a fait quoi et pourquoi ». Honnêtement, admettons que les cinq interprétations ci-dessus apportent chacune leur éclairage pour comprendre la préparation du travail des réformateurs en vue de purifier le catholicisme et d’améliorer le sort de leurs contemporains. La Réforme, telle que nous la connaissons aujourd’hui, n’est pas arrivée « comme ça ». Le monde du 15ème siècle et du début du 16ème siècle était agité, incertain, confus, apeuré, impatient d’une espérance solide en une vie meilleure. Qui allait la leur apporter ? Un Evangile prêché dans l’amour, la conviction, la grâce, la clarté, et la puissance de Dieu, ancré dans le Nouveau Testament, voilà le détonateur qui a fait exploser l’ordre établi dans tous les secteurs de la société européenne, et le message qui a servi de guide pour diriger l’Europe entière vers des horizons nouveaux. L’esprit des hommes a été libéré par l’assurance du salut, par l’espoir de quelque chose de nouveau. Beaucoup d’hommes ont été délivrés de leur foi en eux-mêmes (humanisme laïque). Loin d’être programmé, le mouvement de la Réforme fut une vague de fond soulevée par l’Esprit de Dieu, qui a utilisé les instruments de son choix pour … « soli Deo gloria » ! Ainsi s’achève notre aperçu de l’arrière-plan, court mais nécessaire pour comprendre les raisons de cet événement extraordinaire. Dieu est souverain sur l’histoire. Il s’intéresse à tous les êtres humains, car Il veut leur bien-être. C’est notre conviction que la Réforme est venue de Dieu pour transformer le monde d’alors (cf. Rom 2.4), en commençant par la libération spirituelle des individus. L’Evangile prêché et vécu produit toujours des effets à tous les échelons de la société. Notre pauvre monde, même évangélique, a besoin d’une autre Réforme dont les acteurs doivent être des hommes du LIVRE, intrépides, intègres, irréprochables, des hommes de prière, agissant en saison et hors saison comme des témoins véritablement inspirés par le Saint-Esprit, assidus, intelligents, et sans compromis ! Les prochains articles tenteront de faire revivre les trois plus grands acteurs du début de la Réforme, de préciser leurs convictions bibliques. Ultérieurement, nous décrirons les quatre types majeurs de foi évangélique issus de la Réforme et existant au 21ème siècle. Nous serons aussi obligés de mentionner quelques-unes des erreurs commises au nom de Dieu ! 1Le cas du pape Jules II (1503-1513) fut notoire : il montait à l’assaut des villes ennemies casqué et cuirassé !
Tags : apotres
Catégorie : g04/De 1517 à l'an 1648
|