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Retour de l'Au-delà à Burdigala » MORMONISME | TOUT SAVOIR

 Retour de l'Au-delà à Burdigala

8/4/2009
ROMAN : Retour de l'Au-delà à Burdigala
APRES LE SCENARIO VOICI LE ROMAN !!!

 




PRESENTATION


C’est l’histoire de Xavier, un être possessif, jaloux,calculateur, avare, lâche,égocentrique, sans ambition, hypocrite, menteur, méchant … Agnès sa femme estjolie, gentille et intelligente. On se demande comment, elle peut rester aveclui. Personne ne l’aurait voulu pour ami et il n’a aucun ami ; aucun père pour fils, même pas son proprepère ; aucune mère, sauf la sienne qui l’idolâtre aveuglément. Une seulefois dans sa vie, sur son fils, elle ne se trompera pas ; le jour où elle diralors d’un repas familial : « Vous verrez, bientôt mon Xavier vous montrera ce dont il estcapable ! »

Xavier aura un accident de moto,déclaré mort, il reviendra à la vie après avoir vécu une extraordinaireexpérience aux frontières de la mort. Après son retour sur terre, il montreraeffectivement ce dont il était capable. Il révélera ce qu’il y avait au fond delui-même ; en définitive, si nous cherchons bien, ce que nous avons tous…


EXTRAIT

 
                    

Retour à la vie

L’horloge de la morgue indique 16h 30. Devant une grande table en fer, sur le brancard, apparaît le corps de Xavier recouvert d’un linceul blanc. André, l’employé de la morgue, de dos, entre les deux, fait du rangement. Soudain, le corps d’esprit de Xavier descend du plafond puis pénètre le drap qui se soulève comme sous l’effet d’un léger électrochoc. André, toujours de dos, n’a rien vu, ni rien entendu. Le corps physique, à travers le linge, semble légèrement se trémousser, alors que la voix de Xavier murmure :

_ Mon Dieu, je suis, à nouveau, dans mon corps physique. C’est comme enfiler la main dans un gant mouillé et froid et ensuite l’ajuster doigt après doigt. Comme c’est désagréable. Ça y est ! Tout à l’air d’être en place. J’ai mal partout ! Ma tête, ma tête ! Je ne sens plus mon bras gauche, je ne peux le bouger ! Le droit, ça va ; je remue les doigts. Comme j’étais bien dans mon corps d’esprit, je ne ressentais aucune douleur, j’étais libre de tous mes mouvements. Par la pensée, je pouvais aller où je voulais. Mon Dieu, que c’est dur de revenir !

Son bras droit retombe le long du drap et sa main apparaît pendante. André se retourne et va du côté droit du brancard par rapport au corps de Xavier. Il le regarde :

_ Mon pauvre vieux, t’en fais pas, je vais te faire beau, pour ta famille. Tu vas m’en dira des nouvelles ! Tu sais ici on en voit de toutes les couleurs…

Depuis le temps qu’il travaille à la morgue, il a pris l’habitude de parler avec les morts. Avec eux, il se trouve en bonne compagnie. On peut tout leur dire : ils restent discrets. Au moins, ils vous écoutent ; ne vous coupent pas la parole à tout instant comme le font les vivants. La main de Xavier se lève lentement à quelques millimètres de la cuisse d’André qui découvre lentement le drap. Xavier tient les yeux grand ouverts. L’employé est étonné. Il se souvient parfaitement les avoir lui-même fermés. Le mort ouvre et ferme la bouche sans pouvoir proférer de son : Un peu comme un poisson rouge dans son bocal. Au même moment, sa main agrippe la cuisse de l’infirmier. Il pousse un cri de panique. Se projette à un pas en arrière. Reste pétrifié la bouche bée, les yeux exorbités. Après s’être resaisi, il s’écrie :

_ C’est un revenant !

Il aperçoit les doigts bouger :

_ C’est pas possible !

Il se calme à nouveau, va vers Xavier. Met sa tête sur sa poitrine. Place sa main à son cou.

_ Il est bien vivant !?

Il n’hésite plus. Il pousse à toute vitesse le brancard dans le couloir. Ouvre brusquement la porte du bureau. Le docteur Gerbaud consulte des dossiers. Il crie :

_ Docteur, il est revenu à la vie ! C’est pas une blague !

Le docteur lève la tête :

_ Qu’est-ce que tu me racontes !?

_ Voyez !

Il se rend à l’évidence en constatant le cillement des yeux et les doigts de la main droite remuer.

 _ C’est pas vrai ! Vite, vite !

André se remet à pousser à toute allure le brancard, suivi du docteur, tout en criant :

_ Poussez-vous devant. Il est ressuscité, il est ressuscité des morts !…

***

Xavier dans une chambre d’hôpital, sur un lit, un bandage autour la tête, le bras gauche en écharpe, le droit supportant un goutte-à-goutte, réfléchit essayant de faire le point. Avant l’opération, il a subi divers examens : scanner cérébral, IRM. Grâce au casque, aucune plaie du cuir chevelu : Juste une légère fracture due au choc, avec un léger hématome au cerveau et pour en finir un bras cassé qui se ressoude incroyablement vite. Les examens passés avec différents praticiens, prouvèrent que la motricité des membres reste entière, la vision nullement altérée, le raisonnement clair. Quelques maux de tête légers mais pas de troubles de la parole ni du comportement. Le fait, qu’après un coma de plus de six heures, la mémoire reste parfaitement intacte, stupéfie les docteurs. Au cours des entretiens, il révéla uniquement les souvenirs « normaux » pas les « autres ». Comment auraient-ils pu le croire ? Ils l’auraient pris pour un fou ! D’ailleurs, lui-même n’y aurait pas cru.

Maintenant, seul dans sa chambre, il se sent bien. Il se cale plus confortablement dans son lit. Enfin il va pouvoir méditer à sa fabuleuse expérience et aux conséquences dans sa vie future. Il espère ne pas être dérangé. Il revoit chaque scène, séquence par séquence, comme dans un film. D’abord l’accident, la sortie de son corps, l’attente de l’ambulance sur l’asphalte. Il revit la panique qui l’envahit lorsque qu’il réalise qu’il est mort. Puis, Il ressent cette merveilleuse liberté qu’il possédait dans son corps d’esprit, cet extraordinaire bien-être. Il se rappelle le moment de solitude et de terreur éprouvés lorsqu’il se rend compte qu’un être désincarné ne peut plus communiquer avec les incarnés, ni par la parole, ni par le toucher. Il se dit que la mort, n’existe pas ; elle n’a de sens que dans ce monde terrestre. Quel que soit notre état, incarné ou désincarné nous sommes toujours vivant. On passe d’un état à un autre. Voilà tout ! Il se revoit, accompagnant son corps inanimé, là-haut dans l’ambulance, entre les deux infirmiers, reposant sur leurs épaules et ils ne s’en rendaient pas compte. Bien sûr, un corps d’esprit ne pèse pas ou si peu ! Le bouche-à-bouche, les deux électrochocs. L’arrivée en trombe à l’hôpital ; les deux électro-encéphalogrammes sinistrement plats. La morgue. La traversée des murs, des plafonds, de toute matière et la rencontre avec Pierre-Edmond dans les nuages. Quel drôle de destin ! Avoir le même jour un accident mortel  Il pense tristement à Aline. Il entend la promesse faite à son mari. Des larmes coulent sur ses joues. Comment va-t-il s’y prendre pour lui annoncer une telle nouvelle ? Comment réagira-t-elle ? Elle ne le croira pas ! Elle va le prendre pour fou ! Maintenant, il revoit Monsieur Martinez, avec ses deux jambes et rajeuni jusqu’à la trentaine ! Combien il était heureux ! Bizarrement, tout ce que son père lui enseignait lui revient par flashs en mémoire et il se rappelle une parole de Jésus :

_ [1]Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et qui ne peuvent tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr l'âme et le corps dans la géhenne.

Il comprend combien ces paroles sont littérales. Le corps physique peut subir tous les sévices que la cruauté humaine est capable d’inventer ; Il peut souffrir toutes les mutilations dues aux vicissitudes de la vie. Quoiqu’il puisse lui arriver, il retrouvera après cette vie et à la résurrection toute son intégralité. Par contre le corps d’esprit restera altéré par les mauvaises pensées, paroles et actes que nous emporterons irrémédiablement avec nous. Alors une grande nostalgie s’empare de lui. Il regrette d’être revenu. La pensée de revoir bientôt sa femme, son père, sa mère ne l’enthousiasme plus. Il se trouve écartelé entre deux mondes, par un désir puissant de repartir là-bas et un autre non moins impérieux de rester sur terre. Il sait qu’il a une mission à accomplir dans ce monde.  Il se remémore le voyage si apaisant dans le tunnel. Il se rappelle son ancienne psychose. Il se revoit dans le Tarbes-Bordeaux, complètement paniqué après le passage du tunnel. Suite à son voyage dans l’au-delà, il se sait guéri de cette peur. Il compte d’ailleurs en faire l’expérience pour se le prouver. Il parcourt les scènes vécues avec Gabriel et son cœur bat plus fort, ses yeux se remplissent de larmes. Combien l’Ange, avec sa paix, sa lumière, son amour, son humour lui manque. Que ne donnerait-il pas pour être avec lui ! Les images du « comité d’accueil », comme l’annonça Gabriel, défilent sans son esprit. Avec émotion, il revoit ses grands-parents. Il ressent dans son dos, sur ses épaules leur douce étreinte, sur son visage leurs tendres baisers. Il se souvient combien il aimait ses grand-parents côté paternel  et des bons moments vécus avec eux. Il se rappelle quel couple formidable, ils formaient tous les deux. Ils vivaient l’un pour l’autre. Jamais il n’assista à une dispute entre eux. Une complicité, une complémentarité, un amour total les unissaient. Il se disait que lorsqu’il sera plus grand, il trouvera une femme comme sa grand-mère et qu’il fera tout pour ressembler à son grand-père. Sa grand-mère mourut d’un cancer, son grand-père inconsolable, se laissa dépérir de chagrin. Au bout d’un an, il partit à son tour le laissant désespéré. Il se rappelle qu’il en voulait beaucoup à son père qui, lors de la mort de ses propres parents, resta impassible comme s’il ne se sentait pas concerné. Son attitude par moments avait quelque chose d’inhumain ! Il s’imaginait que s’il mourait avant lui, il n’éprouverait aucune peine. Pourtant à cette période combien il lui était attaché. Mais à ce moment-là, il ne pouvait pas supporter que lui pleurait, que tout le monde pleurait, même sa mère et pas lui, son propre père, le fils de son grand-père ! Lors des deux enterrements, il revoit son paternel blanc comme un linge, le visage tiré, la mâchoire crispée, lui serrer très fort la main. Quand son regard croisait le sien, il lui souriait. Ce sourire était étrange, il voulait dire beaucoup de choses. Il détestait ce sourire. Aujourd’hui, sur ce lit d’hôpital, vingt et un ans après, il sait ce qu’il voulait lui signifier ;  il entend :

_ Pour moi ça va ; mais toi fiston, ne sois pas triste. Papy et Mamy sont toujours vivants ; même si tu ne les vois pas ; ils sont tout près de nous,  ensembles et heureux ; ils sont tristes de nous voir tristes. Souviens-toi, je t’ai expliqué tout cela. Un jour tu les reverras ; ce sera merveilleux !

_ Tu avais raison papa, c’est ce que j’ai vécu, ce que je vivrais, avec encore plus d’intensité quand ce sera le grand départ dans l’autre vie. Pardonne-moi !

Puis il pense à André, son ami d’enfance. Il le connut au lycée, deux ans après le décès de son grand-père.  Il était bien spécial tout le monde l’aimait parce qu’il aimait tout le monde. Il était l’ami de tous et lui Xavier était fier d’être celui avec qui André partageait le plus son temps. C’était un garçon de paix. Lorsqu’il y avait des conflits au lycée ou lors de sorties entre copains, il réconciliait tout le monde avec gentillesse et humour. Son cœur se met à battre encore plus fort. Il se remémore, cette terrible année, juste avant la rentrée des classes, quand il apprit qu’André, en vacances dans les Iles avec ses parents, s’était noyé. Depuis la mort de son grand-père, les relations avec son père s’étaient détériorées. Alors il reporta tout sur son ami. Avant les funérailles, son père cherchait à lui parler car il se rendait compte de son désespoir, mais il l’évitait ; trouvait toujours des prétextes pour échapper à tout entretien. Il n’avait que faire, de ses sermons sur le bon Dieu. Ce fut le troisième enterrement auquel, il assistait. Il se plaça le plus loin possible de son père. Il n’eut aucun mal car tous les amis d’André, marchaient devant le cercueil, juste derrière les parents et la famille ; après tout le monde suivait. À cause de la mort de son ami, jamais il n’en voulut autant à son père et à son Dieu. À son père de lui avoir inculqué tant de bêtises et à Dieu de ne pas avoir sauvé son ami de la noyade, comme il sauva son père de la baïne. Comment Dieu, s’il était Dieu pouvait-il prendre la vie d’un être aussi formidable que son ami ? Comment osait-il le faire partir dans des conditions aussi terribles ? Avait-il pensé à la souffrance de ses parents ? De ses amis ? À la sienne ? Sa grand-mère et son grand-père, ce n’était pas suffisant ? Il fallait qu’il lui prenne son ami ? Son frère ? Il ressassait tristement ces pensées, lorsque le curé commença son discours. Il présenta André et vanta ses merveilleuses qualités. Portrait plein de justesse, mais bien loin de la réalité ; André était bien plus que cela ! Le mot « était », qu’il venait de prononcer, le glaça. Il en parlait au passé. Il réalisait qu’il admettait que son ami n’était plus ! Qu’il ne le reverrait plus jamais… De grosses larmes coulaient sur ses joues. Pierre, un de ses camarades passa discrètement son bras autour de ses épaules. Il cherchait son regard pour le réconforter. En vain ! Xavier fixait obstinément le sol, comme s’il refusait de regarder ou chercher du secours vers le haut ; le Très-Haut, comme disait quelquefois son père, en nommant Dieu. Maintenant le curé parlait de Jésus-Christ et de la résurrection. Il voulait partir ; crier que toutes ces paroles sont des histoires de père Noël pour adultes ! Qu’il n’y a pas de Dieu, pas de Résurrection ; Qu’il n’y a que la mort, la séparation, le néant et que son ami était voué définitivement à la poussière où nous retournerons tous. En cela la Bible avait raison ! Ces images s’estompent. Il revoit André, resplendissant de lumière dans sa tunique blanche. Quel bonheur de le retrouver, de l’embrasser, de le reconnaître même devenu adulte dans le monde des esprits. Il se rappelle ses paroles :

_ Ici nous sommes tous adultes… Je sais pourquoi je suis parti si jeune. Je te le répète, c’est ce qui pouvait m’arriver de meilleur !… Un jour nous en parlerons et tu sauras.

Il ne lui avait pas dit qu’elle était cette meilleure chose. Il l’acceptait avec foi. Il attendra, voilà tout ! Il repense à son père. Il admire sa foi. Dire qu’il la tournait en dérision. Il réalise combien la foi de son papa est simple, grande et profonde : Comme l’éternité ! Il se réjouit et remercie Dieu d’avoir, lui aussi, reçu ce merveilleux don…

***

Deux médecins entrent. On peut lire sur leurs badges : Docteurs Salignac pour le plus âgé et docteur Delpech pour le plus jeune.

_ Bonjour, Monsieur Férot, comment ça va ? Demande le docteur Salignac très paternel.

_ Très bien ! Merci !

_ Figurez-vous, reprend-il, qu’on se pose beaucoup de questions à votre sujet. Suite à votre accident de moto, vous avez subi coup sur coup, un bouche-à-bouche à 10h 30 ; sans résultat. Deux défibrillations idem. Deux encéphalogrammes plats à vingt minutes d’intervalle. Vous étiez considéré mort et pourtant vous avez donné signe de vie vers 16 h 30 et Dieu merci, nous avons pu intervenir.

_ Oui, je sais, dit Xavier.

_ Vous savez ? dit le docteur Delpech qui ne cesse de l’observer.

_ Oui ! Mais c’est pas évident.

_ C’est pas évident ?

_ C’est difficile à croire, répond Xavier mal à l’aise.

_ Je vous en prie, ça m’intéresse !

Il perçoit ce docteur sincère. Bien que son confrère ne l’inspire pas. Il répond toujours méfiant :

_ Vous êtes sûr ?

Le docteur Delpech prend un air grave et hoche affirmativement la tête.

_ Je vous avertis, si on me racontait ce que je vais vous dire, moi-même je n’y croirai pas.

Il l’encourage du regard. Xavier se décide.

_ Alors voilà…

Il relate partiellement son expérience aux frontières de la mort. Avec tristesse, il se rend compte qu’un voile d’oubli est tombé sur beaucoup d’épisodes vécus. À la fin du récit, le Docteur Delpech semble touché ; son confrère sceptique. Avec condescendance, il déclare  :

_ Il y a une explication logique à tout ça. Posons le problème sachant que la pensée réside dans le cerveau. Sans cet organe, il n’y a pas de conscience, pas de survie de l’être après la mort. Tout phénomène « bizarre » peut s’expliquer rationnellement par des mécanismes chimiques, physiologiques, psychologiques ou neurologiques.

Xavier réalise qu’il vient de se faire piéger. Il aurait dû se taire. Heureusement qu’il a occulté les faits les plus incroyables de son voyage. La colère monte en lui ; Il n’est pas question qu’on le prenne pour un menteur ou un illuminé :

_ Rien n’était « bizarre », tout était réel !

Le Docteur poursuit sans écouter, trop content de sortir sa « science » :

_ Ce qu’on pourrait appeler une sortie hors du corps, serait en fait une hallucination autoscopique.

_ C’est quoi une « hallucination autoscopique » ?

Le savant docteur continue de se gonfler :

_ C’est un trouble psychiatrique assez rare. Au cours duquel le malade perçoit une image visuelle de son visage ou de la partie supérieure du buste, projetée à quelques dizaines de centimètres devant lui.

_ Trouble psychiatrique ?! Hallucinations ! Je peux vous certifier qu’il ne s’agit en aucun cas d’hallucinations et que jusqu’à preuve du contraire, je n’ai souffert d’aucun trouble psychiatrique. Je vous parle de réalités ! J’ai des souvenirs d’avant mon accident et depuis mon enfance. Je peux vous témoigner que ce que j’ai vécu est bien plus réel.

_ Vous n’êtes pas dépressif, épileptique ou schizophrène ? demande le docteur Delpech.

Xavier le regarde avec étonnement :

_ Mais non ! Absolument pas ! Jusqu’à preuve du contraire !

Docteur Delpech se retourne vers son collègue :

_ Donc ton hypothèse d’hallucination autoscopique est à rejeter.

Xavier rassuré comprend que le Docteur Delpech est de son côté.

_ Monsieur Férot a bien dit, à plusieurs reprises : « Jusqu’à preuve du contraire », précise le docteur Salignac qui reprend aussitôt :

_ Parlons du tunnel. Dans des cas extrêmement rares où la vie se trouve en danger, le cerveau reproduit la réminiscence de l’expérience de la naissance. Vous savez que…

_ Je sais ! Figurez-vous que j’avais la phobie des tunnels. C’est idiot, mais c’est comme ça ! Ma femme dernièrement m’expliquait cette peur par ce passage dans l’utérus, comme d’un tunnel noir. Ça n’a rien à voir ! Dans ce tunnel, j’étais, bien, comme jamais je ne l’ai été. Mieux, je ne l’ai pas expérimenté, mais je sais que je suis guéri de cette phobie grâce à mon expérience dans l’Au-delà !

_ Hum !  Alors, on pourrait dire que vous avez vécu, ce qu’on pourrait appeler « L’accomplissement imaginaire du désir ou attentes psychologique ».

_ C’est quoi ça, encore ?!

Le praticien se boursoufle d’aise à nouveau :

_ Cette théorie voudrait que lorsque survient la mort ou une forme de mort, le cerveau transforme cette finalité par la mise en scène d’un voyage apaisant. On pourrait dire, pour simplifier, que le cerveau chercherait à nous faire prendre nos désirs pour des réalités.

_ C’est une théorie. Moi j’ai vécu des faits ! Ce n’est pas pareil !

_ Tenez, je parie que vous êtes croyant ; Dieu avec une grande barbe sur un nuage, le petit Jésus, la sainte vierge. N’est-ce-pas ?  Bref, vous avez vu ce qui était conforme à votre croyance.

_ Vous avez tout faux docteur. J’étais à cent pour cent athée !

_ Et maintenant Monsieur Férot, croyez-vous en Dieu ? demande le docteur Delpech.

_ Oui, à mille pour cent.

_ …Cette attente psychologique, provoque des rêves, des hallucinations, insiste le docteur Salignac.

_ Des hallucinations ! Mais c’est maintenant que j’hallucine d’entendre pareilles choses ! Et croyez-moi, je m’efforce d’être poli !

Docteur Delpech, pose sa main sur le bras de Xavier, tout en s’adressant à son confrère :

_ Jean-Marc, n’oublie pas que les EGG étaient plats ; or tu sais qu’il ne peut rien se passer dans un cerveau sans activité électrique : les rêves et encore plus les hallucinations apparaissent lors de la lecture d’un électro-encéphalogramme.

_ Toutes ces descriptions fantastiques me font dire que vous avez vécu, ce qu’on pourrait appeler : Le « déni de la réalité », explique l’incorrigible praticien.

_ Autrement dit ? interroge le malade.

_ Le « déni de la réalité », ou le refus d'accepter l’évidence d'un événement traumatique, ferait de notre cerveau, le réalisateur d’un scénario sous forme de fantasmes, qui serait un mécanisme de défense contre la réalité toute proche de la mort à venir.

_ Excusez-moi docteur ; votre explication est encore « bidon ».

_ Nous avons vu plusieurs causes psychologiques ou psychiatriques possibles ; voyons les causes pharmacologiques. Quels médicaments prenez-vous habituellement ? répond le docteur piqué au vif.

_ Aucun !

_ Ah bon ?! Alors, je pense à l’anesthésie. L’élévation de la pression de l’anhydride carbonique peut provoquer des visions. Il arrive que ce phénomène se déclenche par l’utilisation des anesthésiques lors de l’opération.

_ Le rapport indique que les anesthésiques ont été utilisés convenablement. Par conséquent nous savons qu’ils n’ont alors aucun effet spécifique sur le taux d’anhydride carbonique, précise le docteur Delpech.

_ Docteur, vous découpez mon expérience comme un saucisson et à chaque tranche, vous essayez de donner une explication. C’est comme si vous essaieriez de m’expliquer l’homme en me parlant uniquement de son estomac, ou de son oreille gauche. Rappelez-vous, je suis sorti de mon corps, avant d’être aspiré dans le tunnel. Je peux vous décrire chaque personne qui s’est occupée de moi alors que mon corps physique était inerte sur le sol, jusqu’au moment où il fut déposé à la morgue. Je pourrai même vous décrire mon opération dans ses moindres détails. Qui m’a opéré, combien il y avait de personnes. Les conversations que j’ai entendues. Tout vous m’entendez ! Tout !

_ Vous pourriez décrire votre opération dans les moindres détails ? Qui vous a opéré ? Combien il y avait de personnes ? Les conversations que vous avez entendues ?! répète le docteur Delpech.

_ Oui ! absolument !

Docteur Salignac fatigue de lutter en vain. En plus, il voit bien que son confrère penche du côté du malade et cela l’agace d’autant plus.

_ Allons donc !… De toute manière, nous n’avons plus le temps. Nous reviendrons quand vous serez calmé.

_ Jean-Marc, attends, s’il te plait ! Monsieur Férot, « Dr Gerbaud », ça vous dit quelque chose ? demande le docteur Delpech.

_ Bien sûr ! C’est lui qui m’a fait les encéphalogrammes, conduit à la morgue et confié à un certain André. Vous voulez peut-être que je vous le décrive ?

_ Oui !

_ Environ trente-cinq ans, un mètre soixante-quinze, blond, légère calvitie. Sur son bureau, je vois la photo de sa femme, ses deux enfants : une fille et un garçon et leur chien ; un caniche blanc. Ah il a une légère cicatrice au menton.

_ C’est tout à fait exact ! constate le docteur Delpech.

_ Je n’ai pas remarqué qu’il a une cicatrice au menton ! fait l’autre en haussant les épaules.

_ Vous pariez ?!

_ Non, je ne parie jamais et je dois partir ! En tout cas je vous conseille de voir un psychiatre !

Le Docteur Salignac quitte la pièce, l’autre reste.

_ J’aurai besoin d’un PSY ?! demande Xavier.

_ Monsieur Férot, vous n’avez pas besoin d’un PSY. Vous avez vécu une grande expérience spirituelle. C’est entre vous et Dieu...

***

 _ Bonjour, Monsieur Férot, comment ça va ce matin ?

C’est Catherine. L’infirmière qui perdit sa boucle d’oreille.

_ Bien !

_ Vous savez que vous faites la « une » dans tout l’hôpital ? On vous appelle le "ressuscité" de la 213.

_ Ah bon !

L’infirmière accomplit son travail : vérification du goutte-à-goutte, prise de la température. Elle s’apprête à lui prendre la tension. Il la trouve sympathique et gentille. Elle lui rappelle un peu Agnès. Elle porte d’autres boucles d’oreilles. Comme s’il lisait dans ses pensées, il lui dit :

_ Ne soyez plus triste pour les boucles d’oreille offertes par votre mari ; celle que vous avez perdue, vous la trouverez dans la pièce à côté du bureau du docteur Gerbaud, à l’intérieur du pied droit formant un angle, côté mur, de la troisième armoire.

Elle sursaute ; le regarde comme s’il s’agissait d’un extra-terrestre :

_ Mais comment savez-vous cela ?

_ Je l’ai vue tomber de votre oreille.

_ Vous l’avez vue tomber, QUAND ?!

_ Quand vous m’avez transporté, au service du docteur Gerbaud.

_ Quand je vous ai transporté ?!  Mais vous étiez…Euh ! Physiquement, tout va bien, Monsieur Férot, bafouille-t-elle.

Elle quitte la pièce à reculons, en continuant à le regarder « bizarrement ». Se retourne. Ouvre la porte et sort en la claquant.

De nouveau seul, il peste contre lui-même :

_ Ouais ! Physiquement, tout va bien, Monsieur Férot ; Mais mentalement, c’est une autre affaire, Monsieur Férot !  Moi qui voulais l’aider, voilà qu’elle me prend pour un dingue ! Je ferai mieux de la fermer définitivement à l’avenir !

Catherine se retrouve dans le couloir, complètement bouleversée. Elle marque un temps d’arrêt.  Semble réfléchir :

_ Allons-donc, c’est impossible !

Elle poursuit son chemin… De nouveau elle s’arrête. Brusquement elle repart en sens inverse. Prend l’ascenseur. Arrive au bureau du Docteur Gerbaud. Frappe à la porte. Entre sans attendre de réponse.

_ Qu’y a-t-il Catherine ?

Elle regarde droit devant elle, sans lui porter attention :

_ Vous permettez…

Elle pénètre dans la pièce d’à côté. Le docteur surpris la suit. Sans s’en rendre compte, elle parle à haute voix :

_ Voyons : Troisième armoire à partir de la porte. 1, 2, 3. Voilà ; Maintenant ; Intérieur pied droit côté mur ; À l’intérieur de l’angle.

Elle se baisse. Tâte le sol. Retire sa boucle d’oreille ! Elle la tient dans sa main, la regarde complètement fascinée. Derrière elle, le Docteur s’inquiète :

_ Vous êtes sûre que ça va !?…

***



[1] Matthieu 10:28  

 

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